PARTIE I, CHAP. VI
l'essence de l’Eucharistie sous les deux espèces également nécessaires : il à joint à ce principe une autre maxime , que dans les choses d'institution, comme sont les sacremens, tout est dans la volonté de l'instituteur; d’où il a très-bien conclu que ce qui n'est pas en tout point conforme à sa volonté n'est pas en effet son sacrement, et qu'ainsi quiconque reçoit la seule espèce du pain, sans recevoir l’autre, ne reçoit pas le sacrement de Jésus- Christ ; ou, comme il dit dans un autre lieu, « ne prend pas un vrai sacrement; il prend seulement la chose signifiée par le sacrement !.»
M. de la Roque nous veut faire accroire que, lorsque M. Jurieu dit que cet homme ne recoit pas le sacrement, il veut dire qu'il ne le recoit pas dans son intégrité, puisqu'il n’en reçoit qu'une partie ?. Mais cette charitable interprétation lui ôte la louange qu'il a méritée, d’avoir raisonné plus conséquemment que tous les autres ministres sur le principe commun. Ce principe commun est que, par l'institution de Jésus-Christ, les deux espèces unies constituent l'essence du sacrement. Il s'ensuit donc que celui qui n'en recoit qu'une, en quelque manière que cela lui arrive, ne recoit pas le vrai sacrement. C'est aussi ce qu'a conclu M. Jurieu : « Cet homme, dit-il, ne prend pas selon nous le vrai sacrement; il prend seulement la chose signifiée par le sacrement, » comme on diroit d'un Juif ou d'un Gentil, qui ayant une foi vive dans le cœur avec le vœu du baptéme, seroit mort avant que de le recevoir, qu'il auroit la chose signifiée par ce sacrement, mais sans doute qu'il n'auroit pas le sacrement méme.
C'est ainsi qu'a parlé M. Jurieu, et il résulte de ce discours que ce qu'on donne à l'homme dont il s'agit, dans l'assemblée de l'église, ce qu'il recoit du ministre, ce qu'il prend avec révérence et aetions de graces n'étant pas le sacrement de Notre-Seigneur, n'est qu'une chose purement humaine et un simple morceau de pain : chose si visiblement absurde, que l'auteur de la seconde Réponse, aprés avoir fait semblant de vouloir excuser M. Jurieu, sentant bien qu'il a parlé trop clairement, l'abandonne tout à fait.
! Exam. de ÜEucharistie, traité vi, S 7. p. 491. — ? La Roq., lI part., chap. I, p. 239, 240.
« Peut-étre, dit-il, que sa pensée est qu'ils ne recoivent pas tout le sacrement, ce qui est trés-vrai; mais qu'absolument parlant, ils ne recoivent point du tout le sacrement,.c'est un sentiment insoutenable et que je crois particulier à ce ministre, qui en affecte assez d'autres en matiére de sacremens, comme celui de la nécessité du baptéme des enfans, et que la régénération est un effet qu'il opère dans les baptisés ez opere operato, comme parle l'Eglise romaine; car son sentiment va là entièrement !, » Et il ajoute : «Les autres protestans n'ont pas besoin de se servir d'une réponse si nouvelle et si foible tout à la fois : nous permettons à M. Bossuet de la réfuter tant qu'il lui plaira. »
Mais loin de le réfuter, je soutiens que c'est le seul des ministres qui raisonne bien selon leurs principes communs; de sorte que ce n'est pas lui, mais les principes communs de la nouvelle Réforme qui demeurent réfutés par mon objection. Qu'ainsi ne Soit, voyons ce que disent ceux qui prennent une autre route. L'auteur de la seconde Réponse, qui méprise tant M. Jurieu, commence par ce raisonnement : « Je réponds que l'intention de Jésus-Christ est en effet que les deux espèces soient recues conjointement dans la communion; mais j'ajoute au même instant que cette intention n'est que pour les rencontres où cela se pourra faire, et n'oblige absolument que ceux qui les peuvent recevoir toutes deux. » Cet homme dés le premier pas s'éloigne d'une distance infinie du point de la question. Il s'agit ici de savoir si dans un signe de pure institution, lorsque l'on n'est. pas en état de satisfaire à tout ce que l'instituteur a voulu étre de l'essence de l'institution, on peut le retrancher sans toucher au fond. Le bon sens dit d'abord que non, et c'est sur un fondement si inébranlable qu'a raisonnné M. Jurieu : il faut done, ou renverser le principe qui met l'essence de l'institution dans les deux espèces, ou admettre la conséquence de ce ministre. ;
« Mais, dit-on, Dieu qui ordonne à tout le monde de lire et d'écouter sa parole; ne comprend pas dans cette loi les aveugles ni les sourds ? : » j'en conviens. Donc on ne doit pas donner le vin à celui qui n'en peut boire : jen conviens encore. Donc il lui
1 Anonyme, | part., chap. v, p. 62. — ? Anonyme, II part., chap. 1, p. 235.