PARTIE I, CHAPITRE VI
faut donner le pain, et sans la volonté de l'instituteur ce pain ne laissera pas d'étre son vrai sacrement, il n'y a personne qui ne voie la nullité dela conséquence.
Mais, dira-t-on, nous devons entendre que la volonté de l’instituteur est qu'on fasse toujours ce qu'on pourra. Nous devons l'entendre, dites-vous. Quoi ! même sans qu'il l'ait dit, sans qu'on le trouve dans son Ecriture? Il faut donc croire qu'il nous a soumis à l'autorité de son Eglise, et que c’est d'elle qu'on doit apprendre le vrai sens de son Ecriture.
L'auteur de la seconde Réponse revient à la charge, et croit avoir tranché la difficulté, en disant, que quand ce que je dis seroit véritable, « tout ce qui en arriveroit, c’est que les réformés enseigneroient désormais à leurs peuples que ceux qui ne peuvent boire de vin, seroient absolument dispensés de communier *. »
Mais les autres réformés ne l'avouent pas : mais ils persistent à soutenir l'article de leur Discipline : mais ils avouent tacitement, en la soutenant, qu'on ne peut se dispenser de reconnoitre l'autorité de l'Eglise comme interprète de l'institution de Notre-Seigneur. lis passent méme bien plus avant que l'article de la Discipline. Dans la fameuse dispute de Grotius et de Rivet sur la réconciliation des églises, Grotius avoit demandé sur l'article des deux espèces ce qu'il faudroit faire en Suède, en Norwége et ailleurs s'il n'y avoit pas assez de vin, et dans les pays où le pain n'est pas en usage *; son adversaire répond que la nécessité n'a pas de loi; « et lors, ajoute-t-il, qu'on n'a pas la matière des sacremens, il faut s'abstenir des sacremens et communier spirituellement. Vossius, trés-bon auteur, Traité vu, dispute 1, des sacrés Symboles de la Cène, enseigne que dans les pays où le pain fait de blé n'est pas en usage, il est permis de se servir de ce qui tient lieu de pain. 1l dit la méme chose à l'égard du vin, et il rapporte le sentiment de Philippe Mélanehthon dans le livre qu'il a composé de l'usage du Sacrement entier, où il croit que dans la Russie, oà le vin manque, on peut se servir d'hydromel dans l'Eucharistie, et défend ce sentiment contre Bellarmin ?. »
! Anonyme, p. 61. — ? Grolius, Vía pac., de utráq. specie; Animadv. in animad». Riv. — 3 Riv., Exam. animadv. Grot.
Béze soutient la méme chose dans la Lettre à Tilius *. Que d'auteurs protestans dans ce sentiment! Bèze, le grand disciple de Calvin, Vossius, Mélanchthon, Rivet, qui les cite avec éloge ?, quoiqu'aprés, appréhendant les conséquences, il ait semblé vouloir s'en dédire. Il persiste néanmoins à citer Vossius en particulier, comme un homme qui dans cette matiére a prononcé des oracles. Aprés de telles libertés que se donnent les protestans, ne devroient-ils pas rougir de nous faire tant de chicanes?
Il nous reste à considérer les traditions de l'Ancien et du Nouveau Testament, que j'ai rapportées pour montrer qu'en beaucoup de points les lois divines n'ont pu étre ni pratiquées, ni méme souvent entendues sans avoir recours à la tradition et à l'autorité de l'Eglise.
Pour commencer par l'Ancien Testament, M. de la Roque nous donne cette règle : « Que dans les choses réglées par la loi méme on n'a jamais imploré le secours de la Synagogue, qui n'avoit garde d'y toucher, ou si elle l'a quelquefois fait, elle en a été reprise, comme quand Jésus-Christ reprocha aux seribes et aux pharisiens qu'ils avoient annulé le commandement de Dieu par leur tradition, parce qu'ils avoient corrompu le sens du premier commandement de la seconde table, sous prétexte de l'expliquer ?. »
C'est une erreur ou un artifice ordinaire des ministres, sous prétexte que le Fils de Dieu a condamné de mauvaises et de fausses traditions, qui, comme dit M. de la Roque, corrompoient le sens de la loi, de rejeter aussi celles qui nous apprennent à en prendre l'esprit, encore qu'en apparence elles soient contraires à la lettre. Il y avoit des traditions introduites par abus, et qui aussi n'avoient pas passé en dogmes certains de la Synagogue. Il est vrai que le Fils de Dieu les a rejetées; mais il y en avoit aussi qui étoient constamment recues : et aprés les exemples que j'ai produits, il faudroit demeurer d'accord de bonne foi que ce dernier genre de traditions, loin d'avoir été réprouvé par Notre-Seigneur, est absolument nécessaire pour bien pratiquer les commandemens
1 Bez., Epist. ad Thom. Til. — ? Exam. animadv. — 3 La Roque, Il part., chap. 11, p. 254.