CHAPITRE VII
De la priére pour les morts. Tradition rapportée dans le Traité de la Communion.
Avant que de sortir de cette matiére, il faut dire encore un mot de la prière pour les morts, coutume que j'avois marquée comme une tradition commune aux chrétiens et aux Juifs. Sur cela M. de la Roque décide de son autorité, que cette tradition « a été inconnue aux Juifs, jusqu'au temps de leur docteur Akiba , qui vivoit sous l'empereur Adrien‘; » et de la même autorité, ou plutôt sur la foi de M. Blondel, il décide que « les chrétiens avoient emprunté cela, non des Juifs, mais des Livres sibyllins, forgés par un imposteur sous le régne de l'empereur Antonin le Pieux, » c'est-à-dire au second siècle de Eglise et sous les disciples des apôtres. Etrange effet de la prévention ! Il ne paroît rien du tout dans les discours d'Akiba, qui marque que la prière pour les morts füt une chose nouvelle : elle se trouve dans toutes les synagogues des Juifs et dans leurs Rétuels les plus authentiques, sans qu'aucun d'eux ait jamais songé qu'elle ait été commencée par Akiba. Elle est si peu commencée par Akiba. sous l'empire d'Adrien, qu'on la trouve devant l'Evangile dans le second livre des Machabées. Et il ne sert de rien de dire que ce livre n'est pas canonique ; car il suffit qu'il soit non-seulement plus ancien qu'Akiba , mais encore que l'Evangile. Il ne sert de rien non plus de répliquer que l’action de Judas le Machabée étoit manifestement irrégulière, puisque les morts pour lesquels il fit offrir des sacrifices étoient des gens morts dans le crime, à qui on avoit trouvé des viandes immolées aux idoles , et que Dieu avoit punis pour cela. Car Judas Machabée ne savoit pas s'ils n'avoient pas péché par ignorance, croyant la chose permise dans lextréme nécessité des vivres où ils étoient, et en tout cas il ignoroit s'ils ne s'étoient pas repentis de ce péché. Ce grand homme savoit que tous ceux que Dieu fait servir d'exemples aux autres, ne sont pas pour cela toujours damnés sans miséricorde. Ainsi il avoit
! La Roq., II part., chap. 1, p. 252, 253.