PARTIE T, CHAPITRE VII
raison d'avoir recours aux sacrifices; et son action, où personne ne remarque rien d'extraordinaire, non plus que dans la louange que lui donne l'auteur de ce livre, fait voir qu'il étoit dès lors établi parmi les Juifs qu'il restoit une expiation et des sacrifices pour les morts. Cependant on s’obstine à croire que les Juifs ont pris cette coutume d'Akiba, et les chrétiens de la prétendue Sibylle.
Mais encore ce M. Blondel, qui aprés dix-sept cents ans vient nous découvrir dans l'écrit d'un imposteur l'origine d'une coutume aussi ancienne que l'Eglise, aprés l'avoir trouvée dans tous les Péres à commencer depuis Tertullien auteur d'une si vénérable antiquité, dans toutes les églises chrétiennes, dans toutes les liturgies, je dis même dans les plus anciennes, a-t-il trouvé un seul auteur chrétien qui ait marqué cette coutume comme nouvelle? Il n'en nomme aucun ; et au contraire il est constant que Tertullien l'à rapportée, comme on rapporte dans l'occasion des choses déjà établies, et la met parmi les traditions qui nous viennent des apôtres. Ni lui ni aucun auteur chrétien ne s'est jamais . avisé de citer l'écrit Sibyllin, pour établir la prière pour les morts. Tous au contraire ont. cité pour l'établir, ou le livre des Machabées, ou la tradition apostolique, ou la coutume universelle de l'Eglise chrétienne , ou des passages de l'Evangile soutenus par la tradition de tous les siècles. Il n'y a pas un homme de bon sens qui ne dise sur ce fondement incontestable, qu'il est mille fois plus vraisemblable, pour ne rien dire de plus, que la prétendue Sibylle ait pris ce qu'elle aura pu dire sur cette matière de l'opinion commune de son temps, que de dire que sa pensée particulière soit passée en un instant dans toutes les églises, dans toutes les liturgies et dans tous les écrits des Péres, sans que personne se soit aperçu d'un changement si considérable ; et que la chose ait été poussée si avant, que dés le milieu du quatrième siècle, Aérius, qui le premier des chrétiens osa nier les prières et les sacrifices pour les morts , fut mis pour cette raison parmi les hérésiarques. 0 Dieu! des chrétiens peuvent-ils croire que l'imposture ait prévalu jusqu'à prendre dans l'Eglise chrétienne si vite et si tôt l'autorité de la foi? Tout cela ne touche pas nos obstinés , et à
quelque prix que ce soit, il faut que la doctrine de toutes les églises chrétiennes soit venue de la fausse Sibylle.
Mais pourquoi non, enfin, du livre des Machabées ? Est-ce peutétre que la priére pour les morts n'y est pas assez marquée dans ces paroles : « Judas le Machabée envoya de quoi offrir à Jérusalem. des sacrifices pour les péchés de ceux qui étoient morts ' ; » et dans cette réflexion de l'auteur : « C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés?.» Peut-être que la prétendue Sibylle a parlé plus clairement de la priére pour les morts ? Mais elle n'en dit pas un seul mot, on en convient. On. prétend seulement qu'elle dit des choses qui mènent là. Mais le livre des Machabées , qui n'y mène pas seulement par des conséquences, qui lexpose aussi clairement que les auteurs les plus clairs, pourquoi n'aura-t-il rien fait dans l'esprit des chrétiens et des Juifs? Est-ce qu'il n'étoit pas connu? Mais il est constant qu'il étoit entre les mains d'eux tous ; et en particulier que les auteurs chrétiens, grecs et latins, l'ont cité avec vénération pour ne rien dire de plus , dès l'origine du christianisme; et que dés le quatrième siècle, l'Eglise d'Occident l'a mis parmi les livres canoniques. Pourquoi donc se tant tourmenter à chercher dans les obscurités de la Sibylle ce qu'on trouve si clairement dans un écrit aussi ancien et aussi connu que le livre des Machabées ? 1l est bien aisé de l'entendre; c’est qu'encore que nos réformés ne veuillent pas recevoir ce livre, ils ne peuvent lui ravir son antiquité ni sa dignité toute entière : c'est qu'en trouvant la prière pour les morts devant et aprés l'Evangile dès le commencement de l'Eglise, s'ils lui donnoient dans tous les temps la méme origine, la suite en seroit trop belle : on auroit peine à comprendre qu'une prière qui paroît un peu devant l'Evangile et incontinent aprés, se füt éclipsée dans le milieu : on seroit forcé de croire qu’elle seroit du temps méme de Jésus-Christ et des. apôtres, qui en ont si peu rompu le cours qu’on la voit aussitôt après dans toutes les églises chrétiennes : on ne pourroit s'empêcher de reconnoître dans cette source l'origine d’une facon de parler commune parmi les Juifs, et autorisée
111 Mach., xu, 43, 46. E