PARTIE II, CHAPITRE I
est divine, la direction nécessaire, l'autorité reconnue méme par nos réformés : s'ils les avouent, s'ils les suivent, s'ils ne peuvent sans leur secours s'assurer ni de la validité de leur baptéme, ni de la forme nécessaire de leur communion, ni de la sainteté de leurs observances, il ne falloit pas donner à de saintes traditions le masque hideux de traditions humaines, ni sous prétexte d'honorer l'Ecriture, rendre odieux le moyen par où l'Ecriture même est venue à nous, ni tàcher enfin de rendre impossible une chose si nécessaire au christianisme : au contraire il falloit conclure que si elle est nécessaire, elle est facile à connoitre, et qu'il n'y a que les superbes à qui elle puisse étre cachée.
Mais pour ne pas nous arréter à des généralités, voici un fait constant et incontestable, dont tout dépend : c'est que la communion sous une espéce se trouve établie comme le baptéme par simple infusion, et comme toutes les autres coutumes innocentes, sans bruit, sans contradiction, sans que personne se soit apercu qu'on eût introduit une nouveauté, ou se soit plaint qu'on le privàt d'une chose nécessaire. Pourquoi, si ce n'est que le sentiment qu'on avoit que cette communion étoit suffisante, venoit de plus haut et que la tradition en étoit constante? Il ne faut point ici ouvrir de livres, il ne faut qu'ouvrir les yeux et considérer ce qui se passe. Mais peut-étre du moins que pour l'appreudre, il faudra relire beaucoup d'histoires? Non, c’est une chose avouée. Moiméme, sans aller plus loin, j'en ai exposé le fait dans le Traité de la Communion ; et deux rigoureux censeurs, qui m'ont suivi pas à pas dans leurs Réponses sans jamais me rien pardonner, n'ont osé ni pu me le contester.
Quel est donc ce fait si constant et qui me paroit si décisif? C'est que le premier qui a osé dire que la communion sous une espèce étoit insuffisante , fut un nommé Pierre de Dresde, maitre d'école de Prague, au commencement du quinzième siècle, en l'an 4408, et il fut suivi par Jacobel de Misnie.
La date est certaine, et je m'étois trompé de quelques années, quand j'avois placé l'innovation de Pierre de Dresde et de Jacobel sur la fin du quatorzième siècle *. Quand j'ai voulu fixer un
1 Traité de la Commun., l1 part., n. 7, p. 332.
terme précis, j'ai trouvé que Pierre de Dresde fit ce nouveau trouble dans l'Eglise après le commencement des séditieuses prédications de Jean Hus, et après que Stankon archevèque de Prague eut condamné les erreurs de Wiclef, dont Jean Hus renouveloit une partie ‘. Or cette condamnation arriva constamment l'an 1408; et ce fut done en ce temps, ou un peu aprés, que Pierre de Dresde soutint la nécessité des deux espèces, à laquelle ni les catholiques, ni les hérétiques, ni Jean Hus lui-même, non plus que Jéróme de Prague, quelque remuans qu'ils fussent, ne pensoient pas.
Mais peut-étre aussi que c'est en ce temps qu'on établit la communion sous une espèce ? Non; Pierre de Dresde, et ce Jacobel qui la blàmoient, la trouvèrent déjà établie par une coutume constante depuis plusieurs siècles; et cependant personne avant eux ne s'étoit avisé de la reprendre; et au contraire on est d'accord que les évéques en particulier, et dans les conciles tant de saints hommes qui florissoient dans l'Eglise, tant de célébres docteurs, tant de fameuses universités, et les peuples comme les pasteurs, en étoient contens.
Nous soutenons aussi que cette coutume venoit dés les premiers siécles du christianisme; et nous ferons bientót voir que nos adversaires en sont demeurés d'accord; mais sans méme qu'il soit besoin de cette recherche, l'antiquité se ressent dans la paix où l’on a été sur ce sujet durant plusieurs siècles ; et c'est une chose inouie dans l'Eglise chrétienne, qu'on y ait laissé introduire des nouveautés périlleuses et préjudiciables à la foi, sans que personne s'en soit aperçu, ni qu'on s'en soit plaint. Cependant c'est un fait constant que les fidéles, loin de se plaindre qu'on leur ait Óté la coupe sacrée, persuadés de tout temps qu'elle n'étoit pas nécessalre, s'en sont volontairement et insensiblement privés eux-mêmes, quand ils ont vu que dans la confusion qui s'introduisoit dans les saintes assemblées par la multitude prodigieuse du peuple, et par le peu de révérence qu'on y apportoit, on y répandoit souvent le sang sacré.
C'est, dit-on, une mauvaise raison. N'en disputons pas encore.
1 Æneas Sylvius, Hist. Bohem., cap. XXXV.