PARTIE IT, CHAPITRE
En effet pour ne dire ici que ce qui est avoué par nos adversaires, nous avons vu que dès le commencement du douzième siècle Guillaume de Champeaux célèbre évêque de Châlons, et Hugues de Saint-Victor le plus fameux théologien de ce temps-là, tous deux liés d'amitié avec saint Bernard, approuvent en termes exprès la communion sous une espèce, à cause que sous chaque espéce on recoit Jésus-Christ tout entier.
"Quand j'ai produit ces auteurs dans le Traité de la Communion sous les deux espèces ‘, Anonyme me renvoie bien loin et n'en veut point recevoir le témoignage ?, à cause qu'ils ont écrit aprés la transsubstantiation établie. N'importe ; je prends ma date et dés le commencement du douzième siècle, je trouve notre sentiment et notre pratique dans des auteurs que personne ne contredit, et qui sont au contraire, sans contestation, les plus approuvés de leur siècle.
On ne contredit pas non plus Jean de Pekam , archevêque de Cantorbéry, lorsqu'il enseigna à son peuple au treizième siècle, dans un synode, « que sous la seule espèce qu'on distribuoit, on recevoit Jésus-Christ tout entier *: » Voilà des preuves certaines et un fait publie, notoire, constant. Nos adversaires, sommés de nommer des contradicteurs, n'en ont pu nommer un seul. J'ai méme posé en fait que Wiclef, quelque téméraire qu'il füt, ne paroit en aucune sorte avoir condamné cette coutume de l'Eglise; et que dans le dénombrement qu'on a fait de ses erreurs condamnées à Rome, en Angleterre , en Bohéme, enfin à Constance, on ne trouve aucune proposition qui regarde la communion sous une espèce : marque infaillible que ce n'étoit pas un sujet de contestation que personne alors jugeàt important.
M. de la Roque reconnoît la vérité de tous ces faits ; mais il y trouve une admirable défaite. C'est que la « communion sous une espèce n'avoit pas encore été établie par aucune loi *,» et que la chose étoit libre; de sorte que ni les vaudois, ni les albigeois, ni Wiclef méme n'avoient pas besoin de crier contre, comme si nous prétendions ici autre chose que la liberté et l'indifférence. Si cette
1 Traité de la Commun., n. 3, p. 919 et n. 7, p. 353. — ? Anonymej, p. 168, 169, 207, 208. — ? Traifé de la Commun., p. 333. — * La Roq., p. 274, 276,
liberté d'user d'une ou de deux espèces indifféremment, qu'on tenoit pour constante dans l'Eglise, étoit réputée contraire à l'Evangile, n'étoit-ce pas le cas de crier? Ceux qui faisoient tous les jours de nouvelles querelles à l'Eglise romaine, et qui n'oublioient aucun prétexte de la chicaner, se seroient-ils tus dans une contravention qu'on prétend si manifeste à l'Evangile? D’où vient qu'on ne dit rien durant trois cents ans, que Wiclef qui se souleva sur la fin du quatorzième siècle, lorsque la coutume de: communier sous une seule espèce étoit universelle et qu'elle étoit principalement établie, comme on a vu, en Angleterre, ne s'en plaint pas, que Jean Hus n'en dit mot non plus, et qu'enfin Pierre de Dresde est le premier à s'émouvoir au commencement du quinzième siècle? Qui ne voit qu'on ne s'étoit pas avisé de la nécessités des deux espèces, et qu'on avoit honte de faire une querelle à l'Eglise sur une chose indifférente?