PARTIE I, ART. V, N. XXXII, XXXIII
elle-même toute la vérité qui est en lui : par conséquent est autant immense, autant infinie et autant parfaite, comme elle est autant éternelle que le principe d’où elle sort, et ne dégénère point de sa plénitude.
Il en faut dire autant du Saint-Esprit ; et on voit par cet endroit-là une égalité toute entière, à regarder méme le Fils et le Saint-Esprit du côté de leur origine, qui est celui qui peut donner le plus de lieu à l'infériorité. Si on sait épurer ses vues, on connoitra qu'en Dieu il n'y a pas plus de perfection à étre le premier qu'à être le second et le troisième; car il est d'une méme dignité d’être comme le Saint-Esprit le terme dernier et le parfait accomplissement des émanations divines, que d'en être le commencement et le principe, puisque c'est faire dégénérer ces divines émanations que de faire qu'elles se terminent à quelque chose de moins que le principe d’où elles dérivent. Ainsi le Père et le Saint-Esprit, le premier principe et le terme, la première et la troisieme Personne, c'est-à-dire celle qui produit et celle qui ne produit pas à cause qu'elle conclut et qu'elle termine, étant d'une parfaite égalité, le Fils qui est au milieu à cause qu'il tire de l'un et qu'il donne à l'autre, ne peut pas leur étre inégal; et en quelque endroit qu'on porte sa vue, soit au Pére qui est le principe, soit au Fils qui tient le milieu, soit au Saint-Esprit qui est le terme , on trouve tout également parfait, comme par la communication de la méme essence on trouve tout également un. Que si dans une autre vue saint Athanase et les autres saints ont reconnu dans le Père, méme après le concile de Nicée, une espèce de prééminence, dira-t-on qu’ils aient affoibli la Trinité? On sait bien que non. Venons aux expressions formelles de l'Ecriture. Le Fils est envoyé par le Pére, le Saint-Esprit par l'un et par l'autre ; et il n’y a que le Père seul qui jamais ne soit envoyé. Dans notre facon de parler il y a là quelque dignité et quelque autorité particulière : mais si vous y en admettez une autre que celle d'auteur et de principe, vous errez. Prenez de la méme sorte tout le reste qui se dit du Pére et du Fils, vos sentimens seront justes.
En parlant méme des créatures, encore que notre langage soit plus proportionné à leur état, nous ne savons pas toujours adju-
Ilest anssi parfait d'élre le terme que d'être le principe
des émanations divines,
L'inégalité de nos
idesne ger bien juste la perfection. La racine par sa vertu vaut mieux
conclut
pus Ini due les branches; dans la beauté, les branches l’emportent; leur objet. dans une certaine vue l'arbre est plus noble que le fruit qu'il porte; dans une autre vue le fruit prévaut, puisqu'il fait l'honneur de l'arbre. Pour nous servir de la comparaison la plus ordinaire des saints Péres et de celle dont le ministre abuse le plus, comme on verra, le soleil nous paroitra d'un côté plus parfait que son rayon : mais d'un autre côté, sans le rayon qui connoitroit le soleil? Qui porteroit dans tout l'univers sa lumière et sa vertu? Une méme chose à divers regards est plus parfaite ou moins parfaite qu'elle-méme. On est contraint de parler ainsi tant qu'on n'entend pas la vérité parfaitement et par son fond, c'est-à-dire dans tout le cours de cette vie. Jusqu'à tant que nous voyions Dieu tel qu'il est, en voyant par une seule pensée, si l'on peut parler de la sorte, celui dont l'essence est l'unité, et jusqu'à tant que nous voyions les trois Personnes divines dans le centre de cette unité incompréhensible, contraints pour ainsi dire de la partager en conceptions différentes tirées des choses humaines, nous ne parviendrons jamais à comprendre cette égalité du tout. Nommer seulement l'égalité , nommer la grandeur qui en est le fondement, c'est déjà dégénérer de la sublimité de ce premier Etre; et le seul moyen qui nous reste de rectifier nos pensées, quand nous croyons apercevoir du plus et du moins en Dieu et dans les Personnes divines, c'est de faire toujours retomber ce
plus et ce moins sur nos pensées et jamais sur l'objet. xxuv. . Vous paroissez étonné de ce que saint Justin a dit que le Fils de m ae Dieu est engendré par le conseil et la volonté de son Père‘ : ne ud parlez point de Dieu, ou avant que de lui appliquer les termes i cii vulgaires, dépouillez-les auparavant de toute imperfection. Vous ts ae sx dites que Dieu se repent , qu'il est en colére; vous lui donnez des "Www bras et des mains; si vous n'Ótez de ces expressions tout ce qui run «ds Se ressent de l'humanité, en sorte qu'il ne vous reste dans les 77" ras et dans les mains que l’action et la force, dans la colère qu'une puissante et efficace volonté de punirles crimes, et ainsi du reste, vous errez. À cet exemple, si vous ótez du mot de conseil
1 Jur., Tabl., lett. v1, p. 229.