‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 25 sur 403 · PARTIE L, ART. V, N.-XXXVII, XXXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE L, ART. V, N.-XXXVII, XXXVIII

une personne envoyée, qui reçoit tout de son Père dans lequel réside la source de l'autorité , parce qu'il est en effet l'auteur et le principe de son Verbe, d’où vient aussi le mot d'autorité- en un mot, il restera une personne par qui le Pére fait tout à méme titre qu'il fait tout par sa raison. Tout cela est une suite naturelle de la foi, qui nous apprend qu’il y a en Dieu une raison et une sagesse engendrée, en laquelle nous découvrons la fécondité et la plénitude infinie de l'étre divin. Voilà enfin ce qui restera dans le titre de ministre, à en ôter tout le reste comme le marc et la lie; et aprés cet épurement il n'y aura rien en ce terme que de véritable, et qui ne convienne parfaitement à la dignité du Pére et du Fils.

C'est done ainsi que les anciens ont quelquefois donné au Fils de Dieu et au Saint-Esprit le nom de ministres du Pére, et non -pas pour leur attribuer, comme fait M. Jurieu !, une opération inégale; car cela est de la crasse du langage humain, et de cette rouille dont il faut purifier ses lèvres lorsqu'on veut parler de Dieu. Et c'est pourquoi ces saints docteurs, qu'on veut faire passer pour si ignorans, ont bien à la vérité employé quelquefois le mot -de ministre en l'épurant à la manière qu'on vient de voir; mais si d'autres fois ils l'ont regardé avec cette imperfection naturelle aulangage humain, ils l'ont aussi pour cette raison exclu des discours où ils parloient du Fils de Dieu, puisqu'ils ont dit «que Dieu nous a envoyé pour nous sauver, non pas comme on pourroit croire, un de ses ministres, ou quelque ange, ou quelque puissanee du ciel qui soit préposée au gouvernement de la terre, mais le Créateur lui-même et l'ouvrier de toutes choses ,... comme un roi qui envoie son fils roi comme lui, et comme un dieu qui envoie un dieu ?. »

Au reste on ne se sert plus maintenant de ce terme de ministre, parce que les ariens en ont abusé; mais il a eu son usage en son temps. Les noétiens et les sabelliens vouloient croire que Dieu agissoit par son Verbe, comme un architecte agit par son art: mais comme l'art dans un architecte n'est pas une personne subsistante et n'est qu'un mode, ou un accident, ou une annexe de

1 p. 264, 265. — ? Just., Ep. ad Diog., n. 1.

Que les Péres qui se sont servis du mot de ministre ont bien su en bannir l'imperfeclion qui l'accompagne naturellement.

Pourquoi on ne se sert plus de ce terme, et quel en a été l'usage contre ceux qui nioientque

le Fils de Dieu füt une personne.

Comment Dieu commande à son Fils,

l'ame, comme on voudra l'appeler, ces hérétiques croyoient que le Verbe étoit la sagesse, ou l’idée et l'art de Dieu, de la méme sorte, sans étre une personne distinguée. Les orthodoxes les rejetoient, en faisant de cette sagesse divine un ministre, qui étoit par conséquent une personne distinguée du Père. Mais telle est la hauteur et pour ainsi dire la délicatesse de la vérité de Dieu, que le langage humain n'y peut toucher sans la blesser par quelque endroit; c'est ainsi qu'en expliquant la distinetion et l'origine du Fils, il est à eraindre que vous n'y mettiez quelque chose qui se ressente de l'inférieur. Mais aprés tout si vous attendez à parler de Dieu que vous ayez trouvé des paroles dignes de lui, vous n'en parlerez jamais. Parlez-en donc en attendant comme vous pourrez, et résolvez-vous à dire toujours quelque chose qui ne porte pas où vous tendez, c'est-à-dire au plus parfait. Dans cette foiblesse de votre discours, vous vous sauvez, en songeant que vous aurez toujours à vous élever au-dessus des termes oü vous ressentirez de l'imperfection , puisque dans l'extréme pauvreté de notre langage, il faudra méme s'élever au-dessus de ceux que vous trouverez les plus parfaits.

Il faut dans le méme esprit épurer encore le terme de commandement. Le Fils a tout fait, et il s'est fait homme par le commandement de son Pére; le Pére a commandé à sa parole qui est son Fils. Quoi? par une autre parole? Illusion. Le Fils est lui-même le commandement du Pére, ou pour parler avec saint Clément d'Alexandrie, «sa volonté toute-puissante !; » il est, dis-je, son commandement à méme titre qu'il est sa parole; quand il agit par commandement, c'est qu'il agit en méme temps par la volonté de son Pére et par la sienne; car si Dieu agit par son Verbe ou par sa parole, cette parole ou ce Verbe agit aussi, parce qu'il est une personne ; autrement le Fils de Dieu ne diroit pas : « Mon Père agit, et moi j'agis aussi ?; » et si en recevant la vie du Père, il n'avoit pas la vie en lui-méme , il ne diroit pas: « Comme mon Pére a la vie en lui-méme , ainsi il a donné à son Fils d'avoir la vie en lui-même *. » Le Père lui commande donc, non par une autre parole, autrement il faudroit aller à l'infini; mais par la

1 Clém., Sfrom., v. — ? Joan., v, AT. — ? Ibid. 26.

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