‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 26 sur 403 · PARTIE I, ART. V. N. XL · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. V. N. XL

parole qui est le Fils lui-même : et il recoit le commandement, comme il reçoit de son Père d’être sa parole. Ténèbres impénétrables pour les incrédules ; mais à nous, qui sommes ravis de croire sans voir ce que nous espérons de voir un jour, tout cela est esprit et vie.

Mais que dirons-nous de ces portions et de ces parties de substance que quelques Pères attribuent au Fils de Dieu? Car c’est là que M. Jurieu met son fort pour conclure l'inégalité '. Que ce ministre est injuste! Il a bien osé se permettre de dire que le Fils de Dieu n'étoit pas toute la Divinité; et il veut que nous excusions par une bénigne interprétation une expression si étrange, pendant qu'il tient à la gorge ses conserviteurs, pour ne pas dire ses maitres et les saints docteurs de l'Eglise; et jusqu'à les étrangler ?, il les presse en leur disant: Tu as dit portion, tu as dit partie; tu as mis l'inégalité. Mais , encore un coup, qu'il est injuste par un autre endroit, puisqu'il avoue que ces mots de portion et de partie ne sont employés que dans des comparaisons, telles que sont celles du soleil et de ses rayons, de la source et de ses ruisseaux ! Mais quoi! vous oubliez donc que c'étoit une comparaison, et non pas une identité, qu'on vouloit vous proposer! Vous ne songez méme pas que toute comparaison, surtout lorsqu'il s'agit de Dieu, est d'une nature imparfaite et dégénérante! Mais laissons là le ministre qui se permet tout, et qui est inexorable envers tout le monde. Répondons aux gens équitables qui nous demandent de bonne foi si ces termes de portion et de partie peuvent s'épurer comme les autres. Aisément, en les rapportant à l'origine des Personnes divines; car le Pére communique tout à son Fils excepté d'étre Pére, qui est quelque chose de substantiel, puisque cest quelque chose de subsistant. C'est comme dans une source dont le ruisseau n'a rien de moins qu'elle, puisque toutes les eaux de la source passent continuellement et inépuisablement au ruisseau, qui, à vrai dire, n'est autre chose que la source continuée dans toute sa plénitude : mais la source, en répandant tout, se réserve d'étre la source; et s'il est permis en tremblant d'en faire l'application, le Pére en communiquant tout à son Fils et se ver-

1 Lett. vr, 1689, 45 ; Tabl., lett. v1, p. 264. — ? Matth., xvii, 28.

En quel sens on à pu dire que le Fils de Dieu étoit une portion de la substance de son Père; et si ce terme induisoit l'inégalité.

Comment eten quel sens le Père est le tout,

sant tout entier pour ainsi dire dans son sein, se réserve d'étre le Père. En ce sens donc et avec ces restrictions, on dira dans la pauvreté de notre langage qu'il n’y aura dans le Fils qu'une partie de l'étre du Pére, puisque l'étre du Pére n'y sera pas. Mais nous pouvons encore en invoquant Dieu, et par le souffle de son Saint- Esprit, nous laisser élever plus haut; et dans une plus sublime contemplation, nous dirons que comme principe et source de la Trinité le Pére contient en lui-màme le Fils et le Saint-Esprit d'une manière bien plus parfaite que l'arbre ne contient son fruit, et le soleil tous ses rayons: qu'en ce sens le Père est le tout, et que le Fils et le Saint-Esprit étant aussi le tout en un autre sens et dans le fond, parce que rien ne se partage dans un étre parfaitement simple et indivisible, le Pére demeure le tout en cette facon particulière et en qualité de principe, qui à notre facon de

parler, est en lui la seule chose incommunicable. xu. Par là se voit la puissance et la force de l'unité à laquelle tout ilv, Se réduit naturellement, puisque selon la remarque de saint Potes Athanase !, non-seulement Dieu est un par l'unité de son essence; vient tos. Mais encore que la distinction qui se trouve entreles Personnes voterim Se rapporte à un seul principe qui est le Père, et même de ce côtéap. si. là se résout finalement à l'unité pure. De là vient que ce sublime mé théologien conclut l'unité parfaite de Dieu, non-seulement de sa. l'essence qui est une, mais encore des Personnes qui se rapportent naturellement à un seul principe; car s'il y avoit en Dieu deux premiers principes, au lieu qu'il n'y en a qu'un qui est le Pére, l'unité n'y régneroit pas dans toute sa perfection possible, puisque tout se rapporteroit à deux, et non pas à un. Mais comme la féeondité de la nature divine en multipliant les Personnes, rapporte enfin au Père seul le Fils et le Saint-Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement renfermé dans le Pére comme dans le tout, à la manière qui a été dite, et la force de l'unité inséparable

de la perfection se fait voir infiniment.

xui, . Jene me jette pas sans nécessité dans cette haute théologie, rue puisque c'est elle qui nous fait entendre d’où vient que dans l'Epid wee criture, et ensuite dans les saints docteurs qui ont formé leur

1 Athan., Orat. v, nunc IV Zn Arian., 1, n. 1. 2 2 2079

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