PARTIE. II, CHAPITRE XIV
mun d'absens , M. de la Roque lui répondra : « Je ne me suis pas servi du témoignage de saint Justin martyr, qui dit qu'on portoit l'Eucharistie aux absens, et qu'on leur portoit les deux symboles, parce que cela se faisoit incontinent après la communion des fidéles dans l'assemblée de l'église, ce qui ne regarde pas à mon avis la garde du sacrement dont nous traitons !. »
Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est que l'Anonyme lui-méme, qui nous objecte saint Justin, demeure d'aecord que si « on portoit de son temps la sainte Eucharistie, ce n'étoit que par oceasion et dans la communion des fidéles , comme il paroit par son témoignage ?. »
Il est done clair de l'aveu de mes adversaires, que le passage de saint Justin ne prouve la communion sous les deux espèces que dans le temps de l'assemblée des fidéles et de la célébration du sacrifice. L'exemple de saint Exupére ou de saint Spire, évêque de Toulouse, qui est aussi allégué par l'Anonyme ?, ne prouve pas davantage. M. de la Roque déclare qu'il ne veut pas s'en servir, parce qu'encore que saint Jérôme ait écrit qu'il portoit « le corps
de Notre-Seigneur dans un panier d'osier, et le sang dans un verre , » il ne dit pas, poursuitle ministre, « si c'étoit pour les malades *. » Il omet la bonne raison pour laquelle ce passage lui est inutile : c’est que saint Jérôme ne parle pas de ce que gardoit ce saint évêque, mais de ce qu'il porfoit aux malades; car je ne vois nulle difficulté que ce ne füt à eux; de sorte que ce passage ne fait pas plus contre nous que celui de saint Justin, puisque nous cherchons ici, non ce qu'on pouvoit porter aux malades et ce qu'en effet on leur portoit souvent, mais ce qu'on gardoit , ce qu'on réservoit pour eux , quand on n'avoit pas le loisir de leur célébrer le saint sacrifice. '
Mais de peur que ces Messieurs ne me disent que cette coutume de dire la messe dans la chambre des malades, ou de la dire dans l'église pour eux, n'est pas si ancienne, ils la trouveront dans le pieux et grave récit que fait Uranius, prétre de l'église de Nole, de la mort de saint Paulin son évêque : « Comme il fut prêt, dit-il, à
1! La Roque, p. 170. — ? Anon., p. 153. — ? Ibid., p. 129, 134. — * La Roque, p. 68; Hier., ep. IV, nunc xCV, ad Rust. ,
s'en aller à Dieu, il voulut qu'on célébrât devant son lit les sacrés mystères; et lui-même , avec les autres évêques , il recommanda son ame à Notre-Seigneur en offrant le sacrifice *. » Il mourut un an après son grand et intime ami saint Augustin, en l’an 431 de Notre-Seigneur. Sans doute on le peut compter parmi ceux qui ont communié sous les deux espèces; mais ce fut après avoir célébré la messe dans sa chambre et devant son lit, un peu avant sa mort bienheureuse; et cet exemple du commencement du cinquième siècle, est de même âge que saint Exupère.
Nous avons dans le même siècle, en l'an 460 de Notre-Seigneur, un exemple remarqué par nos adversaires. C'est celui de Saint Valentin évéque. de Padoue, dont l'historien rapporte, qu'avant que de rendre l'esprit, « il prit de ses propres mains le sacrement du corps et du sang du Seigneur ?. » On a tout sujet de croire que prendre les deux espèces de ses propres mains, c’est les prendre aprés les avoir consacrées. C'est ainsi que nous lisons dans la Vie de saint Valére évéque de Tréves, « qu'il entra dans son oratoire, où il recutle Viatique qu'il avoit lui-même consacré ?;» et encore plus expressément dans la Vie de saint Corbinien évéque de Frisingue, « qu'il offrit le sacrifice à Dieu, et qu'il recut le Viatique de ses propres mains *. »
Le nombre est infini de ceux qui ont communié de cette sorte ; et il est clair du propre aveu de M. de la Roque, que ces exemples ne font rien pour la réserve. C'est pourquoi pour paroitre conclure quelque chose, ces Messieurs ont dissimulé avec une affeetation manifeste la circonstance de la messe, dans tous les exemples où elle se trouve. M. de la Roque ? a tiré des Dialogues du pape saint Grégoire, l'exemple de saint Cassius évéque de Parme, qui vivoit environ l'an 530, et qui au rapport de saint Grégoire, «après qu'il eut recu les mystères de la sacrée communion, mourut *. » S'il n'y avoit que ces paroles que cite M. de la Roque, la preuve seroit trés-foible pour la réception des deux symboles. Mais il omet ce que dit ce grand pape, que saint Cas-
1 Sur., Jun. 22. — ? Sur., Jan. 29; La Roq., p. 68; Anonyme, p. 130. — 3 Sur., 29 janu. — * Idem, 3 sept., — 5 La Roq., p. 68. — 9 Dial, lib. IV, cap. LV1 ; Hom. XXXVII, in Ev.