PARTIE II, CHAPITRE XIV
sius «avoit aceoutumé d'offrir tous les jours à Dieu le saint sacrifice : qu'un prétre l'avertit de la part de Dieu qu'il mourroit le jour des apótres saint Pierre et saint Paul; et qu'en effet sept ans aprés, ayant achevé la solennité de la messe, et recu les mystères de la communion sacrée, il rendit l'esprit. » j'avoue donc qu'il communia sous les deux espéces, mais à la messe qu'il venoit de célébrer; et M. de la Roque n'en dit mot, parce qu'il eût vu d'abord que cet exemple, selon lui-méme, ne servoit de rien à la réserve dont il s'agit.
C'est pour la méme raison qu'en rapportant avec soin que saint Ansbert * évéque de Rouen, en l'an 695 de Notre-Seigneur, «se munit, avant sa mort, de la perception du corps et du sang du Seigneur; » il omet que ce fut « aprés avoir convoqué ses fréres, et s'étre fait célébrer les solennités de la messe ?. »
Il dit bien aussi que sainte Gertrude, qui mourut dansle méme siècle, étant avertie de sa mort prochaine, «recutle très-sacré Viatique du corps et du sang de Jésus-Christ; » mais il oublie que la veille de sa mort le serviteur de Dieu Ulstan, averti de la part de Dieu, lui avoit fait dire « qu'elle mourroit le lendemain durant les solennités de la messe ?; » ce qui arriva en effet comme le serviteur de Dieu l'avoit prédit. —
M. dela Roque use encore de cette mauvaise finesse dans ce qu'il rapporte d'un jeune Saxon *, dont le Vénérable Bède rapporte l'histoire. Frappé d'une maladie contagieuse, il fut, dit-il, «averti par les apôtres saint Pierre et saint Paul qu'il ne mourroit . pas que premièrement il n'eüt recu le Viatique du corps et du sang du Seigneur.» Voilà ce que produit M: de la Roque; mais il oublie que dans l'apparition des apôtres, Bède rapporte expressément qu'ils dirent à ce jeune homme : « Mon fils, ce ne sera pas aujourd'hui que nous vous conduirons au ciel; mais vous devez attendre qu'on ait célébré la messe, et qu'ayant recu le Viatique du corps et du sang de Notre-Seigneur, vous soyez élevé aux joies éternelles. » Sur le rapport que fit ce jeune homme d'une vision si merveilleuse, le prêtre «fit dire la messe, fit communier tout le
! La Roq., p. 74, — ? Sur., 9 febr. — 5$ Act. SS. Ben., tom. II, ann. 658, p. 467; Sur., 17 mart. — ^ La Roq., p. 72.
monde, et envoya au malade une particule du sacrifice de l'oblation de Notre-Seigneur. » Je veux que M. de la Roque ait bien prouvé qu'on lui envoya le corps et le sang, ce que j'aurai lieu de lui contester ailleurs; mais il ne devoit pas avoir oublié que ce fut aprés le sacrifice, et que cet exemple ne fait rien pour la réserve.
Il rapporte * au douzième siècle l'exemple de Hervé, abbé dé Bourgueil, dont on écrit, qu'avant que de mourir, « il recut les sacrés mystères du corps et du sang du Seigneur, pour servir de protection à son ame, qui étoit sur le point de sortir du corps ?. » Mais il ne devoit pas avoir omis ce qui est porté dans le même lieu d’où il a tiré ce passage, qu'aprés avoir recu l'Extréme-Onction, « il reconnut qu'il ne falloit pas que Notre-Seigneur vint à lui, mais plutót que c'étoit à lui d'aller trouver Notre-Seigneur; qu'il voulut aller à l'église, où il entendit la messe et recut trés-dévotement le corps etle sang de Notre-Seigneur. »
L'Anonyme n'est pas moins soigneux à nous cacher la cireonstance essentielle de la messe célébrée *;-et dans la Vie de saint Ansbert, et dans celle de sainte Gertrude, et dans l’histoire du jeune Saxon. Voilà les exemples qui lui sont communs avec M. dela Roque; mais ce ne sont pas les seuls endroits où il tombe dans la faute que je lui reproche. Il remarque à la vérité que saint Robert, évéque de Vormes, mourut l'an 623 de Notre-Seigneur, s'étant « muni du saint Viatique du corps et du sang de Jésus- Christ; » mais il dissimule « que ce fut après avoir célébré les solennités de la messe, » comme il est expressément marqué dans sa Vie *. C'est ainsi que cet auteur rapporte les choses.
Je ne veux pas lui reprocher qu'il fait communier Charlemagne sous les deux espèces , et qu'Eginard qu'il produit, n'en dit rien dans ses Annales, ni dans la Vie de ce prince; mais seulement en général « qu'au septième jour de sa maladie, il reçut la communion sacrée *, » Je lui pardonne encore de citer Tegan pour la communion de Louis le Débonnaire, dont cet auteur ne dit pas un mot, et de l'avoir confondu avec l'auteur inconnu de la vie et des
1-La.Roq, p. 76. — ? Spicil., tom. II, p. 517. — à Anonyme, p. 150, 454. — ^ Sur., 27 inart. — 5 Egin., Vit. Car. Mág., Duch., tom. lI, p. 404.