PARTIE II, CHAPITRE XIV
actions de Louis; et sur ce que ce dernier auteur dit que ce prince « recut selon la coutume la communion sacrée, » je veux encore qu'il soit permis à mon adversaire d'y ajouter cette glose : « C'està-dire comme avoit fait Charlemagne , sous l'une et sous l'autre espèce. » Que tout cela, dis-je, lui soit permis; mais il ne devoit pas omettre ce qu'avoit dit son auteur, que cet empereur ayant passé une trés-mauvaise nuit, «le lendemain qui étoitle dimanche, il fit préparer le ministère de l'autel, » c’est-à-dire tout ce qui servoit au saint sacrifice, « et qu'il fit célébrer les solennités de la messe par Drogon, des mains duquel il recut selon la coutume la communion sacrée *; » de sorte qu'il n'importe plus à la question que nous traitons, que ce füt sous une ou sous deux espèces.
J'avoue donc que c’étoit la coutume de donner le saint Viatique aux rois, pour ne point ici parler des autres , aprés avoir dit la messe ou dans leur chapelle, ou en leur présence. Nous avons vu tout à l'heure comment on le donna à Louis le Gros : nous voyons ici comment on le donne à Louis le Débonnaire, et je ne doute nullement qu'on ne l'eüt donné de méme à Charlemagne, puisqu'on voit par Eginard qu'il le reçut le matin à une heure où l'on pouvoit bien dire la messe; mais tout cela, ni de semblables communions , ou des princes ou des autres chrétiens, ne font rien à notre sujet ni à la question de la réserve.
Nos fréres me permettront donc de leur rapporter ici ce que leurs auteurs leur dissimulent, que les saints évéques, les saints abbés, les saints prétres, les saints religieux, les saintes vierges, lorsqu'ils avoient à recevoir le saint Viatique, prenoient soin, non-seulement de le recevoir aprés la messe, mais encore le plus souvent malgré leur foiblesse d'aller à l'église, ou pour la dire, ou pour l'entendre. On a déjà vu sept ou huit exemples du cinquieme , du sixième , du septième et du huitième siècle. En voici d'autres. Dès le quatrième siècle et environ l'an 390, saint Maurice évéque d'Angers, célébre par ses miracles, agé de quatrevingt-dix ans et dans la trentième année de son épiscopat, un dimanche, sentant approcher sa dernière heure, « aprés avoir
1 Vit. et act. Lud. Pit., Duch., tom. II, p. 319.
achevé selon sa coutume l'office de la sainte solennité , rendit l'esprit . » j
On voit au cinquième siècle le saint abbé Winwalocus à qui un ange vint déclarer le jour de sa mort . A cette heureuse nouvelle, aprés avoir assemblé ses fréres pour se recommander à leurs prières, à la troisième heure du jour, c'est-à-dire à l'heure de tierce, vers les neuf heures du matin, « il offrit le céleste sacrifice; et aprés avoir donné le baiser de paix à ses fréres et s'étre repu de l'Agneau de Dieu, il expira à l'autel ?.
Vers la fin du sixième siècle, outre ol déjà — de saint Cassius, nous avons la Vie de saint Colomb abbé de Hi en Angleterre, où il est écrit que sachant le jour de sa mort, «il entra dans l'église pour y célébrer la messe de la nuit de Notre- Seigneur ?, » c'étoit celle dela Nativité, et cela marque la coutume qu'avoient les Saints, lorsqu'ils sentoient approcher la dernière heure.
On voit au septième siècle saint Swibert, évêque de Verde, qui averti du jour de sa mort, « se fit célébrer la sacrée solennité de la messe *. » iba voit au huitième siècle saint Ludger, évêque de Munster, « à un dimanche qui précéda la nuit de sa mort, » non-seulement entendre la messe qu'un « prêtre chanta, mais encore prècher dans deux églises, comme pour dire adieu à son troupeau, et ensuite, vers les neuf heures du matin , lui-même célébrer pour la dernière fois la solennité de la messe 5, » assuré qu'il mourroit la nuit prochaine. Au méme siècle, Virgile évêque de Salsbourg , averti comme les autres de sa dernière heure, mourut « aprés avoir célébré le mystère du divin Sacrement 5. » Nous avons au dixième siècle saint Alferrus abbé, «qui le propre jour de sa mort, dont il avoit été averti, célébra la solennité de la messe": » saint Udalric évêque d'Augsbourg, malade à l'extrémité, «dit deux messes, selon la coutume, le jour de saint Jean-Baptiste, et mourut quatre jours après, à la vigile des apotres saint Pierre et saint Paul *.» Sainte Rotecarde tante de saint Berruald, évêque
1 Sur., 10 sept. — ? Ibid., 3 mart. — 3 Act. SS. Ben., tom. I, an. 598, p. 365. — # Sur., 1 mart. — 5 [dem, 24 mart. — 9 Idem, 27 nov. — 7 Idem, 12 april. — 8 Idem, 4 jul., cap. xxr.