‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 262 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XIV

de Hildesheim, « qui avertie de sa mort la nuit de la Nativité de Notre-Seigneur, se fit porter à l'église, où elle entendit la messe Dowrwus »ixir (c’est la messe de minuit, qui commence par ces paroles) où elle recut le Viatique du corps et du sang de Notre- Seigneur, et mourut à la grand'messe, comme elle l'avoit prédit, pendant la séquence *,» c'est ce qu'on appelle la prose; et enfin saint Geraud comte d'Aurillac, dont la Vie a été écrite par saint Odon abbé de Clugni, et oà nous lisons que « prét à mourir, » il se fit revêtir d'un cilice; et que pendant qu'on psalmodioit autour de lui, « un prêtre alla promptement célébrer la messe pour lui envoyer le corps de Notre-Seigneur qu'il attendoit. » On ne parle dans cette occasion, non plus qu'en beauconp d'autres, que d'une seule espèce, comme nous le remarquerons ailleurs. Il s'agit ici seulement de remarquer le soin qu'on avoit d'offrir, autant qu'on pouvoit, le saint sacrifice, lorsqu'il falloit donner le Viatique aux malades. Mais dans le méme dixième siècle, n'oublions pas l'admirable saint Dunstan évéque de Cantorbéry. Ce saint vieillard averti du jour de sa mort, « célébra la messe solennelle le jour de l'Ascension : aprés qu'on eut lu l'Evangile, il précha, il retourna à l'autel, oà par une immaculée bénédiction il changea le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur : à la bénédiction (a), il précha encore de la vérité du corps de Jésus-Christ, de la résurrection et de la vie éternelle, avec tant de goüt qu'on croyoit entendre un citoyen du ciel: aprés cette seconde prédication, il donna la bénédiction sur le peuple, et retourna précher une troisième fois. A cette dernière fois, il déclara qu'il alloit mourir : il alla manger la vie à la table du Seigneur : il marqua le lieu de sa sépulture; et nourri du corps et du sang de Jésus-Christ, il attendit avec joie sur son lit la dernière heure ?. »

Le P. Mabillon nous a donné une Vie plus ancienne de cet incomparable évêque, où les mêmes choses sontracontées. On y ajoute seulement que « prêt à mourir, il fit célébrer devant lui le mys-

1 Sur., 20 nov., Vit. Berruald., Ep. Hildes., c. 36, 31, — Sur., 19 maii.

(a) C'est-à-dire aprés les saints mysléres, à la bénédiction qui se donne au peuple : Ubi ad benedictionem super populum ventum est.

tère de la sainte communion, qu'il reçut de la table céleste les mains étendues *. »

Vers le milieu du onzième siècle, saint Gontier solitaire, « entendit la messe de Sévère évéque, et se munit de la réception du corps et du sang de Notre-Seigneur ?. »

Au commencement du douzième siècle, saint Anselme archevéque de Cantorbéry, dans les derniers jours de sa vie assiste à la messe, et de son lit se fait jeter sur la cendre et sur le cilice ?. Nous avons vu dans le màme temps Hervé abbé de Bourgueil, qui va entendre la messe à l'église, pour y recevoir le corps et le sang de Notre-Seigneur *. Au méme siècle saint Guillaume abbé de Roschild, en Danemark, averti comme les autres du jour de sa mort, qui devoit étre le Jeudi saint, « s'approche de l'autel pour y sacrifier, y donner l'Eucharistie à tous ses frères, et meurt selon la coutume des saints moines, sur la cendre et le cilice, à l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans 5. »

Les saintes religieuses pratiquoient la méme chose. On a vu au septième siècle l'exemple de sainte Gertrude. Au méme siècle, sainte Opportune vierge et abbesse, « sachant que l'heure approchoit qu'elle devoit étre appelée, fit célébrer les solennités de la messe pour la recommandation de son ame, préte à partir de cette vie * : » elle ordonna à toutes ses sœurs d'y porter leur oblation « et se fit apporter le corps de Notre-Seigneur. » Enfin on voit en général que tous ces saints recoivent le Viatique à des heures qui s'accommodent avec la célébration des mystères, où constamment il falloit étre à jeun. Ainsi quand on communia pour Viatique saint Cutbert évéque de Lindisfarne, le Vénérable Béde, qui a écrit sa Vie et qui lui donna la communion, marque expressément que ce fut « vers le temps accoutumé de la prière de la nuit,» UBI CONSUETUM NOCTURNJE ORATIONIS TEMPUS ADERAT ^, c'està-dire environ sur les deux heures aprés minuit. Ainsi est-il dit de saint Leufroy abbé au septième siècle, qu'il reçut le Viatique « aprés qu'il eut achevé les matines avec ses fréres, » MATUTINORUM

1Sæc. Bened., V , tom. VII, p. 687, n. 44, — ? Sur., 9 octob. — 3 Idem, apr. 41. — 5 Ep. Encyc. Mon. Burged.,tom. IT, Spieil., p. 547. — 5 Sur., apr, 5. — 6 Jdem, 22 apr. —7 Cutb. Vit., per Bed.; Sur., 20 inart,

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