‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 263 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XIV

SYNAXI CUM FRATRIBUS PERACTA ?. On voit au septième siècle, dans la Vie de saint Trudon prêtre, père et fondateur du célèbre monastére qui porte son nom, que l'heure étant arrivée, FACTA HORA, on lui apporta les vivifians mystéres des sacremens ?; ce qui montre qu'on attendoit une certaine heure, et ce ne peut étre que celle où l'on pouvoit célébrer le sacrifice. Il paroit même que l'heure ordinaire de communier les mourans et de dire la messe pour eux, étoit celle qu'on appeloit l'heure de prime : la première heure du jour, PRIMA HORA, vers les six heures du matin, par où je ne veux pas dire que le besoin du malade ne fit avancer ou reculer cette heure ; mais seulement que c’éloit l'heure ordinaire. Car outre qu'on en voit beaucoup qui communient à cette heure, comme saint Meinvert, évéque de Paderborne au commencement du onzieme siecle ?, et sainte Elisabeth fille d'André, roi de Hongrie, dans le treizième * ; Paschase Radbert marque expressément dans la Vie de saint Adelard abbé de Corbie, que dans sa dernière maladie, « les matines étant achevées, et tous ses fréres étant assemblés, il reçut la communion vers la première heure du jour, selon la coutume *. » Au lieu donc que l'heure ordinaire de la messe solennelle étoit, comme elle est encore, l'heure de tierce, c'est-à-dire neuf heures du matin, on avancoit le temps de la messe pour les malades, qui du moins pour la plupart communioient à jeun, comme les autres fidèles. Quoi qu'il en soit, c'étoit tellement la coutume de recevoir la communion le matin et au temps qu'on pouvoit dire la messe, que parmi tant de Vies de Saints, je n'en vois qu'un seul dont la communion nous soit marquée sur le soir; c'est saint Arnould évéque de Soissons, dans l’onzième siècle, « qui, le vingt-unième jour de sa maladie, reçut sur le soir avec beaucoup de dévotion, le corps et le sang de Notre-Seigneur 5.» Mais aussi faut-il remarquer que ce fut la veille de l'Assomption, jour de jeüne, où le sacrifice se célébroit sur le soir; et apparemment son historien nous marque cette circonstanee de la communion de ce saint évéque, pour montrer que dans cette derniere extrémité, il ne laissoit pas de se conformer

1 Sur., 21 jun. — ? /dém, 23 nov. — 3 [dem, 5 jun. — * Idem, 19 nov. — * Idem, 2 jan. — 6 Idem, 15 aug.

aux coutumes de l'Eglise, et méme de jeüner avec tous les autres.

On ne s'étonnera pas de cette austérité, quand on verra d'ailleurs, presque à toutes les pages des Vies des Saints, qu'ils alloient à l'église, qu'ils disoient la messe, qu'ils assistoient à l'office, qu'ils le disoient exactement aux heures réglées, qu'ils préchoient et communioient leurs frères, qu'ils se faisoient mettre surla cendre dans les approches de la mort, comme on le pratique encore en beaucoup de saints monastéres, et comme il est dit expressément que le fit ce saint évéque de Soissons. Nos ministres ont réformé toutes ces choses, et ne nous permettent qu'à peine ou de les croire ou de les louer. Mais elles n'en sont pas moins véritables, et on n'aura pas de peine à se persuader que des gens qui faisoient durer leur pénitence jusqu'à l'agonie, s’accommodoient aisément àl'heure du sacrifice, pour en recevoir la communion du saint Viatique; d'autant plus qu'à peine y en a-t-il un seul de tous ceux que l'on nous produit, dont il ne soit dit qu'il avoit prévu et prédit sa mort, soit parce qu'en effet ils avoient été expressément avertis d'en haut, comme il est écrit presque de tous, ou parce que ces saints hommes toujours préparés à cette heure désirée, regardoient leurs moindres maladies comme un avis ou plutót un ordre d'un prompt départ. On peut donc croire aisément qu'avertis de cette sorte, ils alloient toujours avec joie au-devant de l'Epoux, et s'accommodoient aux heures de l'église et du sacrifice. Mais on le doit croire principalement de saint Omer, qui méme « à l'heure de sa mort, tout foible qu'il étoit, se fit porter dans l'église mère, où ce bienheureux vieillard reçut les sacremens du corps et du sang, prosterné devant les autels comme une hostie sainte t, » On le doit croire de saint Isidore évéque de Séville, qui voyant arriver le jour de sa mort, se fit porter à la basilique de « saint Vincent martyr, entre les cancels,» ou si vous voulez le traduire ainsi, «entre les balustres de l'autel, où il reçut la pénitence et le corps et le sang de Notre-Seigneur ?. » On le doit croire de saint Volfème évéque de Sens *. Car un homme dont il est écrit que dans les approches de la mort, «il adressoit à ses fréres les paroles d'une sainte exhortation au milieu des solennités de la messe, »

1 Sur., 9 sept. — ? Idem, 4 april. — ? Idem, 20 mart.

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