PARTIE II, CHAPITRE XV
premièrement parler en l'air, puisqu'il n'en allègue aucun exemple , ni rien du tout qui appuie son sentiment ; et secondement, c'est parler contre tous les exemples , puisque dans celui de Sérapion M. de la Roque , qui le cite tant de fois, savoit bien qu'à la vérité il est marqué très-distinctement que le prêtre donna « un peu de l'Eucharistie à un jeune garcon, et qu'il lui ordonna de la tremper » pour la donner au moribond ; mais qu'il n'est pas dit qu'illa consacra. Aussi dans les canons de Nicée et de Carthage, il est parlé, non de consacrer, mais simplement de donner l'Eucharistie au malade ; de sorte que d'imaginer ici la consécration, e'est trop abuser de la foi publique.
Que sert donc à nos adversaires de dire que les canons qui ordonnent la communion des malades, ne regardent que les pénitens! ?Quoi qu'il en soit, il falloit donc réserver pour eux l'Eucharistie. Maisenfin, comment peut-on dire qu'on ne portát l'Eucharistie qu'aux pénitens? Saint Ambroise, qui la reçut à la mort, étoit-il de ce nombre? Pourquoi ceux qui conservoient leur innocence eussent-ils été privés de cette grace? Mes adversaires me répondent que l'exemple de saint Ambroise est extraordinaire, et que les fidèles qu'on appeloit stantes ou communicantes, c'està-dire communians et exempts des crimes qu'on expioit par la pénitence publique, n'avoient pas besoin, ou ne désiroient pas beaucoup qu'on les communiát. à la mort, puisqu'ils avoient si souvent communié pendant leur vie dans l'assemblée des fidéles. Mais si cette raison eüt eu lieu, il n’eût pas fallu leur permettre d'emporter l'Eucharistie pour la recevoir dans leurs maisons. Cette seule raison devoit faire voir à ces Messieurs , ce qui est certain d'ailleurs, que les fidéles croyoient qu'on ne pouvoit trop souvent communier , pourvu qu'on s'appliquàát à s'en rendre digne ; et que si les canons qui parlent de la communion des malades ne regardent que les pénitens , ce n'est pas que les autres fidèles fussent privés de cette grace à la dernière heure ; mais C'est à cause que les pénitens étant exclus des mystères , il falloit un ordre particulier pour les leur donner.
Après cela c'est une pointille indigne de théologiens , de con-
! Hist, de l'Euchar., p. 111, 418, et suiv.; Rép., p. 58, 39, 445,
tester la réserve de la communion pour les malades, puisqu'on demeure d'accord de celle qu'on en faisoit durant la santé ; de Sorte que mes adversaires, lorsqu'ils cherchent aprés M. de la Roque et les autres ministres à quel siècle il faut fixer cette coutume de réserver la communion pour les malades *, et qu'ils tàchent d'en déterminer le commencement au quatrième , au cinquiéme, au sixième, au septième, au onzième siècle ?, ne font que perdre le temps et amuser le monde.
Car enfin, si nos adversaires ne veulent nous contester que la réserve dans les églises, quoique je pense qu'ils l'aient vue depuis que les chrétiens eurent la liberté d'en avoir, c'est une chose qui ne fait rien à notre question, puisque la réserve étant constante de leur aveu propre, dès les premiers siècles, pour tous les fidèles qui n'étoient pas en pénitence, méme durant la santé, à plus forte raison doit-on croire qu'ils communioient dans la maladie et dans les approches de la mort. Si les fidèles réservoient l'Eucharistie, pourquoi non encore plutót les évéques et les prétres, à qui ceux qui pouvoient n'en avoir point emporté , ou à qui il n'en restoit plus, la demandoient ? Il n'est donc plus question, ni de révoquer en doute la réserve, ni d'imaginer à chaque fois que l'on communioit une nouvelle consécration. La communion domestique , que personne ne nous conteste, prouve le contraire ; et tout ce qu'on pourroit encore demander, c'est à savoir si dans ces derniers momensles fidèles avoient besoin du ministére des prétres pour recevoir l'Eucharistie, eux qui prenoient tous les jours de leurs propres mains celle qu'ils avoient emportée de l'église. Mais qui ne voit qu'il se pouvoit faire que plusieurs, comme je viens de le dire, n'en eussent point emporté ou qu'il ne leur en restàt plus, et que cependant l'esprit de l'Eglise a toujours été de recevoir, autant qu'on pouvoit, les choses saintes de ceux que le Saint-Esprit en avoit ordonné ministres? Or il n’y avoit rien de plus aisé dans le soin que prenoient les prétres de consoler les malades. Mais au reste peut-on douter que les fidèles ne prissent d'euxmêmes l'Eucharistie qu'ils avoient chez eux, si les prêtres leur manquoient par quelque accident; et quelle raison y eüt-il eue
1 Hist. de l'Euchar., p. 445. — ? La Roq., Rép., p. 96.