PARTIE II, CHAPITRE XVIII. A
Seigneur y doit être gardé sans irrévérence, ABSQUE INJURIA. Pour les sachets, ils sont employés dans l'Ordre romain à rompre dedans l'oblation sainte, ou le pain sacré qu'on alloit distribuer au peuple. On empéchoit par ce moyen les particules de tomber à terre; et puisque c'étoit par respect qu'on se servoit de ces sachets, on voit bien qu'on les faisoit dignes d’un si saint usage. Enfin de quelque manière qu'on veuille traduire le mot loculus, soit un sachet, soit une bourse, ou quelque autre réceptacle que ce soit, on ne peut douter qu'on n'y désirát toute la bienséance requise.
Que si le concile n'exprime pas à quel usage devoient servir ces restes si soigneusement conservés, ce ministre devoit entendre que c'est qu'il n'y avoit là rien de nouveau, et qu'on savoit dans l'Eglise à quoi il falloit employer l'Eucharistie réservée. Ainsi loin de s'imaginer que c'étoit là un commencement, ou quelque acheminement vers la réserve, il devoit juger au contraire que c’en étoit une suite. Et en effet le concile ne se propose pas ici d'ordonner quelque chose de nouveau touchant l'usage des oblations moyennes, mais de faire observer l'ancienne coutume de l'Eglise, sicut ecclesiastica, retentat consuetudo. Tl falloit juger de méme de la réserve, et ne pas imaginer des nouveautés, comme notre ministre fait, sans fondement. Au surplus il est aisé de juger, sans faire de grandes recherches, que ces restes étoient gardés pour les malades. La coutume de les communier étoit si constante, qu'on ne peut en imaginer un usage plus naturel. M. de la Roque ne s'y oppose pas; et puisqu'il consent lui-méme à mettre la réserve de l'Eucharistie pour les malades vers la fin du septième siècle, il nous indique tacitement le canon de cé concile de Tolède, tenu à l'extrémité du méme siècle en 693.
Que si c'est par là que commence selon M. de là Roque la réserve pour les malades, on ne peut assez remarquer qu'on.ne réserve que le pain seul. D'où vient cela, je vous prie, si ce n'est de l’ancien esprit de l'Eglise, qui de tout temps n'avoit réservé que le pain sacré? C'est ce pain que l'on recoit dans la communion domestique : c'est ce pain que Sérapion et saint Ambroise mourans recoivent.des mains de l'Eglise : c'est ce pain qu'on a vu
partout dans la réserve. Ce que font les Pères de Tolède, lorsqu'ils commencent à faire garder par un soin public le pain sacré tout seul, vient du méme esprit; et à vrai dire, ce n'est pas là un commencement, c'est une suite du méme dessein qu'on a toujours vu dans l'Eglise, et de cet inviolable respect qui lui a fait conserver toujours l'Eucharistie sous l'espéce où elle pouvoit la conserver avec plus de sûreté et de décence.
On voit clairement le méme dessein dans les décrets du pape Léon IV, au neuvième siècle, répétés par le célèbre Rathier de Vérone, dans le dixième. On « y ordonne aux prêtres de célébrer dévotement la messe, de prendre avec crainte le corps et le sang de Notre-Seigneur. » Voilà les deux espèces à l'endroit où il s'agissoit du sacrifice; mais quelques lignes après, où il s'agit de la réserve de l'Eucharistie pour les malades, on ne parle plus que du corps : « Qu'on ne mette rien sur l'utel, si ce n’est les coffrets avec les reliques des saints, cAPs (le mot de chásses est venu de là; on peut y mettre les quatre Evangiles, ou la boite avec le corps de Notre-Seigneur, ryxis, pour le Viatique des malades *. » Qui ne volt que c'est de dessein, et pour dire ce qui se faisoit effectivement, qu'on exprime ici le corps ? C'est pourquoi le reste suit de méme, et la boite nous détermine au méme sens. Osera-t-on persister à dire qu'on ait gardé le vin consacré dans une boite, in pyxide ?? Etoit-ce dans de tels vaisseaux qu'on conservoit les liqueurs? J'y vois l'encens, j'y vois les reliques, j'y vois le corps de Notre-Seigneur; je n'y vois jamais le sang : et si l'on veut simaginer quelque fiole qu'on y renfermát, il seroit parlé de la fiole comme de la boite, ce qui ne se trouve nulle part; au contraire on trouve toujours ce mot avec le corps, et jamais une seule fois avec la liqueur sacrée; et sans sortir du siécle de Léon IV, on y trouve encore la boite dans les Capitulaires d'Hinemar , mais on n’y trouve que la sainte oblation ; c'est-à-dire manifestement le corps de Notre-Seigneur. Il faut, dit Hinemar, « demander au prêtre s'il a une boite où il puisse renfermer décemment l'oblation sainte pour le Viatique des malades ?. »
1 Traité de la Commun., p. 460; Decret. Leon. IV. — ? La Roq., Rép., p. 80, 81; Anonyme, p. 165. — ? Capit, Hinem., ad Presb., cap. VIII,