‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 276 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XVIII

C'est une chose surprenante que l'Anonyme, qui examine avec soin les passages que l'on vient de voir de Léon IV et d'Hinemar, auteurs du neuvième siècle, où la boite de la réserve est si clairement exprimée !, ne laisse pas de dire au méme chapitre « que le premier qui parle de ces boites est Burchard , auteur latin de l'onziéme siècle ?; » tant il avoit de penchant à reculer , autant qu'il le pouvoit, la mention d'un vaisseau où, quelque semblant qu'il fasse, il reconnoit trop distinctement la réserve sous une seule espéce.

Quant à ce mot : Oblation sacrée, je pensois que d'habiles gens ne me contesteroient pas que dans le langage ecclésiastique, il signifie en particulier le pain que l'on offre et que l'on consacre à lautel; mais puisqu'ils n'ont. pas pris garde à cet usage et qu'ils m'en demandent des exemples ?, je leur ai marqué les endroits oà ils les peuvent trouver en trés-grand nombre. S'ils en veulent du siècle d'Hincmar même, le docte du Cange leur en fournira *. Ils pouvoient, sans aller plus loin, en trouver dans les endroits mémes qu'ils examinoient. On trouve parmi les préceptes de Léon IV, cette ordonnance adressée aux prétres : Faites un signe de croix bien droit, c'est-à-dire bien formé selon l'usage ecclésiastique, sur le calice et sur l'oblation *, c'est-à-dire sur le calice et sur le pain. On voit ici l'oblation distinguée manifestement du calice, encore qu'il füt aussi offert ; mais l'usage l'avoit emporté , comme en d'autres passages on appelle hostie le seul pain sacré; usage qui dure encore parmi nous, encore que le saint calice fasse partie du sacrifice. On entendoit donc par le mot d'oblation, ce qu'on entend encore à présent par celui d'Aostie. M. de la Roque produit le canon vr du concile XVI de Tolède *, où l'on voit la méme chose. Le titre porte « qu'il faut offrir une oblation entière, et préparée avec soin *; » c'est-à-dire, non pas un morceau de pain à sa fantaisie, mais un pain préparé exprés d'une certaine figure et d'une moyenne grandeur, comme il paroit par s les termes du canon, qui l'appellent pour cette raison une oblation

1 Anon. p. 164, 165, — ? P. 177. — 3 La Roq., p. 102; Anon, p. 164, 165. — ^ Du Cange, verbo Oblatio, Oblata, etc. — 9 Decret. Leon. IV, sup. — 6 La Roq., p. 62. — 7 Conc. Tolet. XVI, can. 6, ann. 693.

moyenne, comme ce ministre le reconnoit. Nous en trouverons bien d'autres naturellement et sans les chercher dans la suite de ce discours, que nos Messieurs ont cité sans y faire de réflexion. Mais à présent c'est perdre trop de temps à prouver une chose évidente, dont aussi tous ceux qui ont tant soit peu considéré ces matières sont d'accord.

On ne peut donc plus douter qu'on ne voie dans le temps d'Hinemar, la réserve sous une seule espèce. On la voit dans l'Ordre romain, qu'il faut bien mettre, quoi qu'en puisse dire l'Anonyme 1, au-dessus du onzième siècle (a) puisqu'il est interprété et suivi par des auteurs de huit à neuf cents ans. Get auteur demeure d'accord sur ce vénérable cérémonial ?; Amalarius ? qui l'interprète au neuvième siècle, et le Micrologue * qui fait la même chose dans l’onzième, « parlent tous deux d’une troisième partie de l'hostie que l’on réservoit pour les malades; » mais l'Anonyme ajoute « qu'on réservoit aussi du vin sacré. » Si cela étoit, il le trouveroit quelque part dans ces livres, où tout ce qui se fait, tant à l'égard du corps qu'à l'égard du sang, est marqué jusque dans le plus petit détail. Ce ne sera qu’en ce qui regarde la réserve qu'il faut sous-entendre le sang, sans qu’il en soit dit un seul mot, et la figure synecdoque a le privilége qu'on la peut mettre partout où l'on veut. Amalarius dit expressément, au lieu cité par l'auteur 5, que « par la particule de l'oblation que l'on met dans le calice, il faut entendre le corps de Jésus-Christ ressuscité; par celle qui est mangée par le prêtre et par Je peuple, on entend Jésus-Christ marchant sur la terre et conversant avec les hommes; par celle qu'on laisse sur l'autel, on entend Jésus-Christ enseveli, et la sainte Eglise l'appelle le Viatique des mourans. » ll n'est pas dit un seul mot du sang réservé. L'auteur objecte que le Micrologue dit que cette « troisième partie se donnoit à ceux qui devoient communier et aux infirmes * : » je le veux. « Donc, poursuit-il, on communioit.encore publiquement sous les deu pèces : » oui, ceux qui étoient présens, je le veux encore.

1 Anonyme, p. 166. — ? P. 167. — 3 Amal., lib. III, 35. — ^ Microl. Y 5 Amal., lib. V, 35. — 9 Microl., 17. a (a) Mabillon. le met au-dessus du huitième siècle, le faisant remonter à saint Grégoire le Grand, même jusqu'au pape Gélase.

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