PARTIE II, CHAPITRE XIX
présenter le vin de l'oblation, on n'en trouve jamais pour le réserver après qu'il est consacré.
M. de la Roque sort de cette difficulté d'une autre facon 1; et voyant qu'il n'y avoit que le pain sacré dans ces colombes, il se sauve en répondant, qu’il n’est pas dit que ce fût pour les malades. J'en conviens; mais j'ai toujours ce que je demande, savoir que lorsqu'il s'agit de réserve on ne trouve qu'une seule espèce. Et de plus, à quoi M. de la Roque veut-il que cette réserve ait servi sur l'autel? Dira-t-il que c’étoit pour adorer l'Eucharistie ainsi suspendue? J'y consens; mais cet usage s'accorde parfaitement avec celui dont il s'agit, et qui ne se trouve pas moins parmi les Grecs que parmi nous; et ce qui montre la conformité des deux églises, c'est qu'on trouve au cinquième siècle, dans le Testament de Perpétuus, évéque de Tours, « des colombes d'argent pour la réserve,» AD REPOSITORIUM ?. Ces Messieurs, qui sont remplis d'érudition, ne manquent pas ici de nous faire des colombes pour d'autres fins que pour la réserve de l'Eucharistie, comme celles qu'on suspendoit dans les baptistères ( c'étoit alors de grands lieux séparés du reste des églises, où étoient les fonts baptismaux ). Il y avoit donc là de ces colombes ; ce qui fait voir, dit M. dela Roque, « qu'elles n'étoient pas destinées pour la garde du sacrement?. » Mais qui lui a dit que le sacrement n'étoit par gardé dans le baptistère, comme plusieurs doctes l'estiment? Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas de savoir si l'on avoit des colombes pour plusieurs usages, et méme pour le simple ornement, comme le prétend l'auteur de la seconde Réponse : il est question de ces colombes, AD REPOSITORIUM, pour la réserve, dont onse servoit dans les églises, comme le montre Perpétuus dans son Testament. «Je donne et légue, dit-il, au prétre Amalarius, une colombe d'argent pour la réserve, si mon église n'aime mieux lui donner celle dont elle se sert et retenir la mienne. » M. de là Roque observe, que « REPOSITORIUM, parmi ceux qui entendent la langue latine, est proprement un vaisseau oü on ramasse les restes des viandes, et les instrumens ou ustensiles qui servent à table *; » d’où il conclut
1 La Roq., p. 43. — ? Test. Perp., tom. IV, Spicil, p. 106. — 3 La Roq., p. 45. — * P. 43.
que la colombe de Perpétuus étoit destinée «à la garde, non de lEucharistie, mais des vaisseaux et des instrumens qu'on employoit en la célébrant. » Mais pourquoi non de l’Eucharistie, puisque c'est la vraie viande des chrétiens? Et d’où vient que M. de la Roque ne s'est servi que de la moitié de sa remarque? Songe-t-il combien monstrueuses et éloignées du naturel eussent dù être ces figures de colombes, pour contenir seulement les paténes, qu'on faisoit si grandes, quand on les auroit séparées du calice et des autres instrumens sacrés; ce qui n'étoit pas? D'ailleurs que voudroit dire la figure de la colombe, pour y renfermer les vaisseaux? Il n’en est pas de méme de l'Eucharistie, que le Saint-Esprit figuré par la colombe, consacre, d’où le Saint-Esprit se répand pour vivifier les ames et les corps. Aussi ne trouvet-on nulle mention, nul vestige de ces colombes pour renfermer les vaisseaux, pendant qu'on voit encore dans des anciennes églises, comme dans celle de Saint-Maur-des-Fossés, l'Eucharistie suspendue sur l'autel dans une colombe. (Qu'on ne méprise pas ces petites choses, qui sont autant de preuves muettes de la tradition. Tout parle dans l'Eglise : tout y sert à en expliquer les canons, à éclaireir les antiquités, à établir la vérité dont. l'Eglise est la dépositaire. Les ampoules, vaisseaux destinés dés le temps de saint Optat à conserver le saint chréme, rendent témoignage à l'onction sainte de la Confirmation : les colombes pour la réserve rendent encore sensible celle qu'on a faite de tout temps de l'Eucharistie. Les calices et les paténes précieuses, dont les églises sont enrichies, font voir à l'oeil le respect profond avec lequel on l'offroit et la sainte magnificence du sacrifice chrétien. Tous ces instrumens sacrés du ministère ecclésiastique, sont aussi des instrumens et des preuves de la tradition. Mais revenons aux instrumens et aux preuves animées.
On n’a fait aucune réplique au passage que j'ai rapporté d'un coneiled "Orléans ', sous le roi Robert, en l'an 1017 (a). Là, par trois fois en trois ou quatre pages, lorsqu'il est parlé de l'usage
1 Traité de la Commun., I part. n. 2, p. 258; Spicil, tom. V, p. 670.
(a) Le Père Pagi, Crit. in Annal. Baron.; tom. VI, p. 142 et 113, an 1017, prouve
irés-bien que ce concile s'est tenu en 1022, et non en 1017, comme il est ici placé, et dans l'Histoire des Variations, liv. IX, n. 17. (Edit. de Déforis.)