‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 280 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XIX

commun de l'Eucharistie, on explique distinctement le corps et le sang; mais y ayant occasion de parler de la réserve, on remarque que certains hérétiques gardoient les cendres d'un enfant brülé, « avec la méme religion dont on a accoutumé de garder le corps de Jésus-Christ pour le Viatique des malades',» sans aucune mention du sang par une visible distinction de la réserve d'avec l'usage commun.

Si l'on pense que c’est pour nous, après tout, un médiocre avantage de trouver au neuvième siècle, ou aux environs, la réserve d'une seule espèce pour les malades, je réponds premièrement que ce qu'on trouve si établi dans ce siècle vient d'une tradition plus haute que nous avons remarquée, et en général dans toutes les communions domestiques, et en particulier pour les malades, dans les exemples de Sérapion et de saint Ambroise, pour ne pas parler encore des autres preuves que nous trouverons entre deux. Quand mes adversaires ne verroient ici que des preuves du neuvième siècle et des environs, elles seroient plus que suffisantes pour découvrir leur erreur. Nous les avons vus triompher sur ce grand nombre d'exemples qu'ils nous ont produits de malades communiés sous les deux espéces. Mais comme la plupart de ces exemples sont du neuvième siècle, ou des environs, si l'on est forcé d'avouer que dans ce siécle on gardoit l'Eucharistie sous une espèce pour le commun des malades, il paroitra plus clair que le jour que ces communions sous les deux espèces, qu'ils font tant valoir, ne regardoient pas les malades en général, mais seulement ceux d'entre eux qui pouvoient communier à l'heure du sacrifice, selon la remarque que nous en avons faite.

Et pour appliquer cette réponse à quelques exemples particuliers, on nous apporte un décret du concile de Reims tenu sous Hinemar, en l'an 879, où il est dit de certains incestueux que s'ils se repentent de leurs crimes, « on leur donnera la communion du corps et du sang de Jésus-Christ?.» Cela montre qu'en certains cas on pouvoit donner l'un et l'autre, ce qu'on ne conteste pas; mais

! Spicil., tom. V, p. 673. — ? La Roq., p. 14; Suppl. Conc. Gall., p. 297; Labb., tom. IX Conc., col. 336.

qu'en d'autres cas on ne donnát que le corps seul, la réserve, que le méme Hincmar et d'autres conciles de Reims ordonnoient pour les malades, ne permet pàs d'en douter.

Il faut dire la méme chose de l'exemple qu'on nous produit du saint homme Pierre de Damien ‘. Il raconte qu'un prêtre de Cumes « ayant porté l'Eucharistie à un malade, laissa dans le calice un peu du sang de Notre-Seigneur, et que l'ayant remarqué étant de retour à l'église, il ne le voulut pas boire , mais qu'il lava le calice, et qu'on vit paroitre deux grosses gouttes de sang dans le vaisseau où il jeta la liqueur ?. » Cela prouve qu'encore dans l'onziéme siècle on communioit les malades sous les deux espèces. Qui en doute pour le matin et à l'heure du sacrifice, comme il paroit dans cette occasion, où le prêtre est repris de n'avoir pas avalé les précieuses gouttes qui restoient dans le calice : ce que la coutume constante de l'Eglise ne lui auroit pas permis aprés le repas; mais que de là il s'ensuive qu'en d'autres heures et en d'autres cas on ne communiát pas les malades avec le pain seul réservé exprès, il n’y a pas moyen de le soutenir, sans combattre la coutume constante de ce siècle et la propre autorité de Pierre de Damien.

On trouve en effet un opuscule de méme auteur ?, où il traite de la négligence des prétres, et oà ce grave censeur les reprend «de conserver trop longtemps, et jusqu'à devenir moisi, le pain qu'on doit changer en hosties salutaires, et de ne pas consumer le mystère méme tous les huit jours ; mais de le réserver souvent un mois entier. » Et dans un autre opuscule, il marque assez ce qu'on réservoit , puisqu'il raconte qu'aprés un long temps, on ne trouva « dans la boite que de la vraie et solide chair, qui fut vue de tout le monde *; » de méme qu'il nous a fait voir miraeuleusement changées en sang les gouttes de vin consacré, restées dans le calice du prêtre de Cumes.

Pour les anciennes coutumes de Clugni recueillies par saint Udalrie, il y a bien six cents ans, par lesquelles il est constant que les moines de ce monastère célèbre par toute la terre ne commu-

! La Roq., p. 16; Anonyme, p. 165. — ? Lib. VI, ep. XXI. — ? Opusc. XXVI. — ^ Opusc. XLVII. :

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