PARTIE I, ART. V, N. XLIV
Père comme « l'éclat rejaillissant de son éternelle lumière; » comme «une douce exhalaison et émanation de sa clarté infinie ; » comme « le miroir sans tache de sa majesté et l’image de sa bonté parfaite. » C'est ce que nous dit le Livre de la Sagesse :. Et si nos prétendus réformés ne veulent pas recevoir de là ces belles expressions, saint Paul les leur ramasse en un seul mot, lorsqu'il appelle le Fils de Dieu « l'éclat de la gloire et l'empreinte de la substance de son Père ?. » [| n’y a rien qui démontre mieux dans le Père et dans le Fils la méme nature, la méme éternité, la méme puissance, que cette belle comparaison du soleil et de ses rayons, qui portés à des espaces immenses, font toujours un méme corps avec le soleil et en contiennent toute la vertu. Mais qui ne sent toutefois que cette comparaison, quoique la plus belle de toutes, dégénère nécessairement comme les autres? Et si l'on vouloit chicaner, ne diroit-on pas que le rayon, sans se détacher du corps du soleil, souffre diverses dégradations, ou, comme parlent les peintres, que les teintes de la lumiére ne sont pas également vives? Pour ne point laisser prendre aux hommes une idée semblable du Fils de Dieu, saint Justin, le premier de tous, présente à l'esprit un autre soutien: c'est dans la nature du feu, si vive et si agissante, la prompte naissance de la flamme d'un flambeau soudainement allumé à un autre. Là se répare parfaitement l'inégalité que le rayon sembloit laisser entre le Père et le Fils; car on voit dans les deux flambeaux une flamme égale, et l’un allum? sans diminution de l'autre : ces portions et ces divisions, qui nous offensoient dans la comparaison du rayon, ne paroissent plus. Saint Justin observe expressément qu'il n'y a ici, « ni dégradalion ou diminution, ni partage; » et M. Jurieu remarque luiméme * que ce martyr satisfait parfaitement à ce que demandoit l'égalité. Il est donc à cet égard content de lui, et peu content de Tertullien avec ses portions et ses parties. Mais s'il n'étoit point entété des erreurs qu'il cherche dans les Péres, il n'y auroit qu'à lui dire que tout tend à la méme fin ; qu'il faut prendre des comparaisons, non, comme il fait, le grossier et le bas; autrement le
1 Sapient., vit, 25, 26. — ? Hebr., 1, 3. — ? Just., adv. Tryph., n. 61. — À Tabl., lett. vr, p. 229.
Qu'en se servant des comparaisons lirées des choses corporelles , les Pères ont toujours présupposé que Dieu étoit un pur esprit.
flambeau allumé de saint Justin ne seroit pas moins fatal à l'union inséparable du Père et du Fils, que le rayon de Tertullien sembloit l'étre à leur égalité; car ces deux flambeaux se séparent : on en voit l'un brüler quand l'autre s'éteint; et nous sommes bien loin du rayon qui demeure toujours attaché au corps du soleil. C'est donc à dire, en un mot, que de chaque comparaison, il ne falloit prendre que le beau et le parfait : et ainsi on trouveroit le Fils de Dieu plus inséparablement uni à son Pére, que tous les rayons ne le sont au soleil, et plus égal avec lui que tous les flambeaux ne le sont avec celui oà on les allume, puisqu'il n'est pas seulement un Dieu sorti d'un Dieu, mais, ce qui n'a aucun exemple dans les créatures, un seul Dieu avec celui d’où il est sorti-t.
Et ce qui rend cette doctrine sans difficulté, c’est que tous les Péres font Dieu immuable, comme on a vu dans une évidence à ne laisser aucun doute. Ils ne le font pas moins spirituel et indivisible dans son être, «sans grandeur, sans division, sans couleur, sans tout ce qui touche les sens, et inapercevable à toute autre chose qu'à l'esprit ?. » Car aussi est-il immuable s’il est divisible, s’il se diminue, s'il se partage? Qui est donc Dieu, est Dieu tout entier, ou il ne l'est point du tout : et qui est Dieu tout entier ne dégénère de Dieu par aucun endroit. Tous les Pères sont uniformes sur la parfaite simplicité de l'étre divin; et Tertullien lui-méme, qui à parler franchement, corporalise trop les choses divines parce qu'aussi dans son langage inculquant, le mot de corps peut-être signifie substance, ne laisse pas, en écrivant contre Hermogéne, de convenir d'abord avec lui comme d'un principe commun, que « Dieu n'a point de parties, et qu'il est indivisible?; » de sorte qu'en élevant leurs idées par les principes qu’ils nous ont donnés eux-mêmes, il ne nous demeurera plus dans ces rayons, dans ces extensions, dans ces portions de lumière et de substance, que l'origine commune du Fils et du Saint-Esprit, d'un principe infiniment communicatif; et à vrai dire ce qu'a dit le Fils en parlant du Saint-Esprit, « Il prendra du mien, »
1 Tertull. adv. Prax., n. 19. — ? Just., adv. Tryph., etc., sup. Athenag., Leg. pro Christ., sup , etc. — ? Cap. 11, etc.