PARTIE IL, CHAPITRE XIX
nioient à la mort que sous une espéce !, M. de la Roque nous répond qu'il n'approuve pas cette coutume; et qu'en tout cas elle ne fait rien pour la communion sous une espéce, à cause que ces moines la détrempoient dans du vin commun, qui étoit consacré par ce mélange, « selon que le croyoient, dit-il, les anciens chrétiens grecs et latins ?. » Nous détruirons ailleurs cette chimère d'une manière, s’il plait à Dieu, qui ne soufrira aucune repartie ; mais nous disons, en attendant, qu'il n'en paroit rien dans ces coutumes de Clugni : qu'il y paroit au contraire que ce vin commun qu'on donnoit au malade, n'étoit que pour lui aider à avaler le pain sacré ; et enfin qu'il est constant par ces coutumes, que dans un si célébre monastére on ne réservoit que le corps pour les malades.
Pour l'auteur de la seconde Réponse, il répond, que « depuis l'établissement de l'erreur de la transsubstantiation, ces moines ont accommodé leurs coutumes à l'abus autorisé dans l'Eglise ?, » en renoncant, comme il le prétend, à l'ancienne discipline de l'ordre de Saint-Benoit, dont ils sont une branche. Pour la méme raison, il fait peu de cas des conciles que nous produisons du onzième siècle et des suivans *, et des précautions qu'on y prescrit pour garder le corps, sans jamais parler de celles qu'il auroit fallu avoir beaucoup plus grandes pour garder le sang précieux. Mais si M. de la Roque croit la réserve du pain seul une suite de la transsubstantiation , et qu'il soit forcé de la reconnoitre dés le temps oü il trouvera cette réserve, nous la lui avons fait voir dés l'origine du christianisme : ainsi la transsubstantiation ne sera pas de plus fraiche date. Et quant à ce que dit ce méme ministre, qu'on ne parloit pas des précautions pour garder le sang, quoique renfermé sous une espèce plus capable d'altération, «à cause, dit-il, quil y a apparence qu'à chaque fois qu'on communioit publiquement, on renouveloit l'espéce du sang *, » c'est ce quil y a de merveilleux, qu'on n'en trouve jamais rien et que malgré tant d'ordonnances et tant de passages pour la réserve du corps, sans
1 Traité de la Commun., Y part. n. 2, p. 260 ; Antiq. Cons. Clun., lib. IIT, p. 28, tom IV ; Spicil., p. 211. — ? La Roq., p. 105 et seq. — ? Anonyme, p. 168. — * Traité de la Commun.,| part. n. 2, p. 361. — 5 La Roq., p. 169.
qu'on n'entende jamais parler de celle du sang, on veuille nous persuader qu'on réservoit également l'un et l'autre.
Il faudroit encore dire un mot de la tradition de l'Eglise grecque, oü il est constant que l'on ne consacre l'Eucharistie pour les malades que le Jeudi saint sous la seule espéce du pain, et que le pain consacré à se saint jour sert pour toute l'année. Cette coutume n'est pas contestée par nos adversaires '. Aussi est-elle indubitable; et dés le septième siècle, nous avons vu quelque chose de semblable dans Jean Moschus, où il paroit que l'on donnoit le pain consacré à tous les fidéles, pour le garder d'un Jeudi saint à l'autre. Tout ce qu'on peut dire ici, c'est que les Grecs mettent à présent quelques gouttes du sang précieux en forme de croix sur le pain sacré: mais on n'a pas répondu, ni on ne peut répondre à ce que j'ai dit, qu'outre que ce n'est pas donner à boire le sang de Notre-Seigneur, comme on prétend qu'il l'a commandé, ni marquer la séparation du corps et du sang, qui est le principal fondement de nos réformés pour la nécessité des deux espèces, on voit assez qu'au bout d'un an il ne reste rien de ces gouttes, ni autre chose pour le malade que la seule partie solide du saint Sacrement.