PARTIE II, CHAPITRE XX
De cette sorte, dit-il, le sens des paroles du concile est qu'on doit placer et ranger l'Eucharistie préparée pour le sacrifice et la communion, non dans un ordre tel quel et selon la fantaisie de celui qui la disposoit, non dans ordre arbitraire, IMAGINARIO OR- DINE, mais EN FORME DE CROIX, comme font encore aujourd'hui les — Grecs i.» Hl n’y a rien de mieux inventé, mais par malheur les paroles ne s'accordent pas avec cette ingénieuse invention ;.et ces mots : Sub título crucis, ne veulent dire en aucune langue en forme de croix. Tiruius naturellement veut dire une inscription et comme nous l'avons dit, dans le style dela Vulgate, un monument élevé à la gloire de quelque grande action. Il n'y en a point de plus illustre, ni de plus cher aux chrétiens, que celui de la croix. C'est pourquoi ils ne trouvent point de place plus convenable pour y garder le corps du Sauveur autrefois immolé dessus. "
On sait au reste que les canons se font à l’occasion de quelque chose qu'on veut corriger ou perfectionner. Or jamais personne ne se sera avisé d'aller consacrer l'Eucharistie, et après l'avoir consacrée de la placer avec les images hors de dessus l'autel, pour la distribuer au peuple. Mais pour la réserve, il est assez naturel de la faire aux environs de l’autel, ou en quelque autre endroit, quel qu'il soit, où l'on voudra placer les images. C'est ce que le concile ne veut pas qu'on fasse ; il trouve le milieu de l'autel plus propre à conserver ce précieux dépót. Notre auteur nous chicane trop, lorsqu'il dit qu'il ne falloit pas séparer la eroix du rang des images, puisqu'elle-méme en étoit une *. Mais il sait bien que la croix étoit regardée comme une image d'une dignité singulière, qu'on placoit seule sur l'autel, et qu'on jugeoit digne d'un honneur particulier.
Il ne faut pas dissimuler que mes adversaires tâchent de tirer quelques avantages d'une lecon de ce canon, où les prépositions in et sub sont supprimées. Mais outre qu'un seul manuscrit (a)
1 Anon., p. 159, 160: — ? P. 161.
(a) Dom Mabillon et les PP. Labbe et Sirmond font mention de plusieurs manuscrits où ces deux prépositions sont supprimées. Sans parler de quelques autres , il en est un au Vatican et nn à la Bibliothèque du Roi, coté n° 1455, du dixième siècle, où elles n'existent pas. (Edit. de Déforis.)
où elles le sont, ne doit pas l'emporter sur tous les autres, on sait assez qu'on supprime souvent ces particules sans intéresser le sens ; de sorte que cette remarque n'auroit pas mérité d'étre relevée, si ce n'étoit que je n'ai pas cru devoir rien omettre dans un endroit si important de cette dispute. Mais puisque nous sommes tombés sur les diverses lecons du canon de Tours, il y en à une fort ancienne, où il est porté, «qu’on doit placer le corps de Notre- Seigneur, non dans une armoire, mais sous le titre de la croix, NON IN ARMARIO, VEL IMAGINARIO, SED SUB TITULO CRUCIS. Cette lecon ne laisseroit aucun doute sur le sujet de la réserve. On la soutient, en disant que l'on réservoit autrefois le corps de Notre-Seigneur dans une armoire aux côtés de l'autel ; et que bien que cette coutume ait été presque abolie aprés le deuxiéme concile de Tours, on la voit encore dans quelques églises fort anciennes, méme dans la France. Le Père Mabillon estime et à mon avis avec raison, que cette lecon :'Zn armario, est un glossème de l'autre : /n imaginario ordine, c'est-à-dire une interprétation que quelque copiste ancien. a substituée à la place de la vraie lecon : in imaginario ordine, que plusieurs n'entendoient pas. Quoi qu'il en soit, puisque cette armoire se placoit aux environs de l'autel et du côté des images, tout revient au méme; et de quelque sorte qu'on lise ce canon de Tours, nous y avons vers la fin du sixième siècle, un témoignage authentique de la réserve de l'Eucharistie, mais du corps seul, comme dans les autres passages, et de la seule espèce du pain. |
Il y en a encore une autre preuve dans saint Grégoire de Bins. Ce saint évêque raconte qu'un diacre, dont la vie étoit impure, « comme l'heure du sacrifice fut arrivée, prit la tour où étoit le ministère du corps du Seigneur. Il commenca de la porter vers la porte ; et étant entré vers le temple pour la poser sur l'autel, elle lui échappa de la main, et étoit portée en l'air; de sorte qu'elle approcha de l'autel, sans que le diacre la püt jamais reprendre ; et l'on crut que cela n'étoit arrivé que parce qu'il étoit souillé en sa conscience; car on disoit qu'il avoit souvent commis adultère *. » M. dela Roque prouve doctement ? une chose
1 De Gloria Mart., lib. 1, eap. LXXxv1. — ? La Roq., p. 63.