PARTIE II, CHAPITRE XX
qui ne lui sera jamais contestée ; c'est que par le mot de ministère on entend les vaisseaux sacrés qu’on employoit dans le sacrifice : mais pourquoi est-il ici parlé seulement du ministère du corps, s’il s'agissoit de préparer le saint sacrifice, où l'on consacroit également les deux espèces (a) ?
Quand on alloit préparer le sacrifice, je trouve qu'on préparoit le ministére de l'autel. Nous venons de le lire ainsi dans la Vie de Louis le Débonnaire, à l'endroit où il se faisoit dire la messe pour y recevoir le Viatique ‘. M. de la Roque nous produit lui-même les passages, où il est parlé du ministère de tous les jours ? ; c'està-dire de la patène et du calice, et ainsi du reste. Pourquoi voisje ici seulement le ministère du corps, si ce n'est parce qu'on vouloit désigner le vaisseau, ou le ministère dans lequel le corps étoit renfermé dès avant le sacrifice? Ce sens est si naturel, qu'on l'a entendu ainsi il y a six à sept cents ans; et saint Odon abbé de Clugni, rapportant ce méme miracle qu'il a tiré de saint Grégoire de Tours, dit expressément que ce diacre infàme portoit «le coffret ou la boite avec le corps de Notre-Seigneur, » CAPSAM CUM CORPORE Domini ?. On demandera peut-être pourquoi l'apporter sur l'autel? Mais il pouvoit y en avoir beaucoup de raisons, et entre autres celle de renouveler les hosties, comme on faisoit de temps en temps. M. de la Roque objecte * que si c'eüt été le corps de Notre-Seigneur, ce diacre ne l’auroit pas apporté de dehors dans le temple, comme le raconte Grégoire de Tours, mais
1 Vid. sup. Vit. et act. Duch., tom. II, p. 319. — ? La Roq., p. 52-54. — 3 Coll., lect. 2, cap. xxx11.— * La Roq., p. 52.
(a) Une ancienne exposition de la liturgie, autrefois en usage dans les Gaules avant que le rit romain y füt introduit, détermine clairement, le vrai sens du texte de saint Grégoire de Tours. Cette exposition que dom Martene a tirée d'un ancien manuscrit de l’église de Saint-Martin d'Autun , fut composée au moins vers le milieu du sixième siècle, comme le fait voir dom Martène. Or elle nous apprend qu'alors dans les églises des Gaules, le diacre au commencement de la messe solennelle, apportoit à l'autel dans une tour le corps de Jésus-Christ, qui avoit été réservé dans le sacrifice du jour précédent. Nous transcrirons ici les paroles de cette exposition : Nunc autem PROCEDENTEM AD ALTARIUM CORPUS CunisTI, non jam tubis irreprehensibilibus,sed spiritualibus vocibus præclara Christi magnalia, dulci modilià psallet ecclesia. CORPUS VERO DOMINI IDEO DEFERTUR IN TURRIBUS , quia monumentum. Domini in similitudinem turris fuit scissum in petrá, et inlàs lectum ubi pausavit corpus Dominicum, undé surrexit Rex glorie in triumphum. Expos. Brev. antiq .Liturg. Gallic., Thesaur. Anecd., kom. V, p.95. (Edit. de Déforis.)
qu'on l'auroit gardé dans le temple. Il ne songe pas qu'il y avoit auprès des églises le baptistére ou la sacristie , sacrarium , qui pour n'étre pas le temple méme, n'en étoient pas moins des lieux sacrés. Mais enfin, dira-t-on, nous venons de voir que par le concile de Tours ce vaisseau, où l'on gardoit le sacré corps, devoit déjà étre sur l'autel au-dessous de la croix, puisqu'il n'étoit plus permis de le réserver ailleurs. Il est vrai; mais il faut prendre garde que Grégoire de Tours fut fait évéque dix ans environ après le second concile de Tours; et que ce miracle étoit arrivé, comme il le dit lui-même, dans sa première jeunesse, 1N ADOLES- CENTIA MEA !. C'étoit donc beaucoup d'années avant que cet ordre eüt été donné par le concile. Mais si nous considérons comment parle Grégoire de Tours, nous ne douterons nullement que son dessein n'ait été de faire voir que le corps de Notre-Seigneur s'étoit retiré des mains impures de ce diacre. Car il soutient cet exemple de celui d'un prétre, qui ayant osé sacrifier indignement, n'eut pas plutót commencé de profaner l'Eucharistie avec une bouche indigne en prenant le corps du. Fils de Dieu, que la vengeance divine se fit sentir ?; et avant que de raconter ces deux terribles histoires, ce Saint avoit déclaré que son intention étoit de faire voir le malheur qui arrive à ceux qui abusent du corps et du sang de Notre-Seigneur.
Je ne dois pas oublier que dans l'endroit du 7raité de la Communion, où j'ai rapporté cette histoire, il est arrivé une chose assez ordinaire à l'imprimerie; c'est que le rapport des mots de ministère et de mystère a fait qu'on a mis ce dernier pour l'autre; et le sens étoit si parfait des deux maniéres, que d'abord je n'ai pas pris garde à cette bévue (a). Je l'ai pourtant fait corriger, il y a longtemps, dans la version angloise (b). On a mis aussi dans
1 De Glor. Mart., lib. I, cap. rxxxvut. — ? Ibid.
(a) Bossuet signale cette substitution de termes , non-seulement dans les paroles qu'on vient de lire, mais aussi dans la Revue de quelques-uns de ses ouvrages : nous l'avons fait disparoitre, en remplaçant le mot mystère par celui de m2nistère dans le Traité de la Communion sous les deux espèces. Effectivement les anciennes éditions de Grégoire de Tours portent ministerium ; mais voilà que D. Ruinart, aprés avoir consulté tous les manuscrits, a rejeté le mot ministerium pour rétablir le mot plus simple et plus naturel de mysterium. L'édition de Ruinart parut longtemps après le Traité de la Communion : Bossuet n'eut pas l'occasion de la consulter. — (5) Probablement cette version fut faite par le Père