PARTIE II, CHAPITRE XX
cette version que le diacre apportoitle vaisseau sacré où étoient les saintes hosties, afin de les renouveler; et cette raison convient si visiblement à la discipline du temps, que j'ai mieux aimé m'y arréter qu'à celle de l'adoration, qui pourroit étre contestée. Je dirai, dans la suite, de l'adoration ce qu'il en faudra dire en peu de mots par rapport à ce Traité. Je ne veux pas perdre le temps à accuser ma mémoire, ni à défendre ma bonne foi. Sur de telles aceusations, il ne faut faire son apologie que par sa conduite ; et je me trouve en cette occasion si heureusement soutenu par la vérité, que rien n'a pu affoiblir ma preuve.
Au reste quelques auteurs de grand nom et de grand savoir s'étant servis des ciboires mentionnés dans les anciens livres pour établir la réserve , leur autorité avoit fait que je n'avois pas entièrement rejeté cette preuve, et que j’avois cru pouvoir m'en servir en disant: « On peut rapporter à la méme chose les ciboires marqués parmi les présens, etc.(a). Mais y ayant mieux pensé, je ne vois rien de semblable à nos ciboires dans aucun exemple de ce mot que j'aie trouvé dans les anciens livres, par les soins de mes amis ou par les miens, et la bonne foi m'oblige à le reconnoitre. Dans la multitude des preuves que nous avons de la tradition, nous n'aurons pas beaucoup à regretter celle-ci ; et en tout cas, j'en rapporterai que nous pouvons mettre à la place.
Jy mettrai premièrement, au sixième siècle, saint Gal évêque de Clermont, dont saint Grégoire de Tours écrit ces mots : « Venons enfin au temps où Dieu le retira de ce monde. Pendant qu'accablé de sa maladie, il étoit couché sur son lit, la fièvre qui dévoroit ses entrailles, lui fit tomber la barbe et les cheveux. Sachant done qu'il devoit mourir dans trois jours , il assembla le peuple, et leur rompant le pain à tous , il leur donna la communion avec une sainte et pieuse volonté ‘. » Il ne parle point de dire la messe ; ce que Grégoire de Tours sait bien exprimer, et méme dans ce chapitre, quand on l'a dite en effet. On voit que l'extrémité de la maladie ne permettant pas au saint vieillard de se lever
1 Greg. Tur., de Vit. PP., cap. 1v ; Sur., 1 jul. Johnston, bénédictin anglois qui avoit déjà traduit l'Exposition de la doctrine catholique. — (a) Nous avons retranché ces mots dans le Traité de la Communion.
pour la dire à tout son peuple , il ne laisse pas de l'assembler autour de son lit; et que pour ne rien omettre de ce qu'il pouvoit , il leur rompt et leur distribue le pain sacré, sans doute celui qu'on tenoit toujours réservé selon la coutume; et cette action fait voir combien étoit libre la communion sous une espèce, puisqu'un si saint évêque n'hésite pas à la donner de cette sorte à tout un peuple, sans aucune nécessité pressante ; mais seulement afin qu'il eût la consolation de communier, pour une dernière fois, de la main de son évêque.
Et pour montrer qu'il ne falloit pas de bien pressantes raisons pour communier sous une espèce, nous avons vu au septième siècle sainte Opportune vierge, qui sentant approcher sa fin, « fit célébrer la messe, où elle ordonna que toutes ses religieuses présentassent leur offrande ‘ : » et cependant sans demander les deux espèces, qu'il eût été facile de lui apporter, l'auteur de sa Vie dit expressément qu'elle « se fit apporter et se fit donner le corps de Notre-Seigneur; et que lorsqu'elle l'eut recu, elle dit : Que votre corps, ó Seigneur, me profite pour le salut de mon ame: » sans que dans une description si distincte de la communion de cette sainte , il soit fait aucune mention du sang.
La méme chose arriva au jeune Saxon, à qui selon le récit que nous en a fait le Vénérable Bède?, au méme siècle septième , les apôtres étoient apparus, pour lui dire qu'il ne mourroit pas sans avoir recu après la messe le. Viatique du corps et du sang; et néanmoins il se trouve qu'on ne lui donna que le corps; tant on croyoit tout donner avec le corps seul. Béde écrit expressément que le prétre fit « dire la messe, fit communier tout le monde, et envoya au malade une particule du sacrifice de l'oblation de Notre-Seigneur. » Jamais on ne trouvera ce mot particule employé pour une {autre espèce que pour le solide. On n'envoya donc au malade que la seule partie solide, et par là on crut satisfaire à tout ce qui lui avoit été promis dans cette miraculeuse apparition , à cause que sous le corps seul on reçoit, non-seulement toutela vertu, mais encore toute la substance du corps et du sang.
Nos ministres me demandent des exemples où l'on emploie le
1 Sur., 22 april.; Mabil., Sec. 11 Ben., p. 230. — ? Hist. Ang., lib. IV, cap. xiv.