‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 287 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XX

corps et le sang, en ne donnant que l’un des deux !. En voilà un bien exprès, et bientôt ils en verront d'autres qui le seront peutétre davantage. En attendant, demeurons d'accord qu'encore que, lorsqu'on donnoit la communion aux malades à l'heure du sacrifice , on la donnât ordinairement sous les deux espèces, on ne s'en faisoit pas une loi tellement indispensable, que la moindre nécessité n'en püt exempter. Comme il y avoit des malades qui ne pouvoient pas aisément avaler la partie solide, et comme on ne faisoit point de difficulté de leur donner le vin seul, comme M. de la Roque le prouve par un canon d'un concile de Tolède au sixième siècle, et par un décret de Pascal IT dans l'onziéme?, il y en avoit aussi à qui l’on ne pouvoit présenter la coupe sacrée sans un péril évident d'effusion ; et ce pouvoit être une raison de ne pas donner le calice à ceux dont nous venons de voir la communion sous une espèce à l'heure du sacrifice.

Au reste les auteurs n'ont pris aucun soin de nous apprendre pourquoi ces communions avoient été faites sous une espèce plutôt que sous les deux, parce qu'après les exemples des siècles passés , l'une et l'autre manière de communier paroissoit si indifférenie, qu'on ne s'avisoit point de demander pourquoi on avoit donné la communion sous une seule espèce, et que la moindre raison étoit jugée plus que suffisante pour y obliger.

Ainsi voyons-nous au sixième siècle saint Cariléfe abbé, « qui rend l'esprit après avoir recu le corps de Notre-Seigneur?. » Au septième , saint Swibert évêque de Verde, dont nous avons déjà parlé , « aprés s'étre fait célébrer la messe, se munit de la réception du corps de Notre-Seigneur *. » Le moine Agibode, dans la Vie de saint Bertulphe abbé de Bobie, mourut après avoir recu le corps trés-sacré de Jésus-Christ *. Saint Serenède confesseur, « après avoir recu le sacrement du corps de Notre-Seigneur, rend à Dieu son ame innocente ?. » Saint Claude archevêque de Besancon , « recoit avec vénération et avec larmes les sacremens de pénitence et du corps de Jésus-Christ ". »

1 P. 86. — 2 Hist. de l'Euchar., | part., chap. xit, p. 150, 160; Rép. p. 90, 91; Conc. Tol. XI, can. 11; Pasc. ll, ep. 32, ad Pont. — ? Sur,, 1 jul. — * Idem, 4 mart. — 9? [dem., 5 febr. — * Sec. Ben. 11, tom. II, p. 165. — 7 Idem, p. 169.

Au commencement du huitième siècle, sainte Austreberte abbesse de Poliae, recoit en mourant « les sacremens du corps de Notre-Seigneur !. » Au commencement du dixième cle , nous avons vu saint Géraud comte d'Aurillac, aprés qu'on se 1 de dire la messe, « recevoir le corps du Seigneur, qu'il attendoit?. » Au méme siècle, saint Volfangue évêque de Ratisbonne, « offrit le sacrifice de la messe, et envoya par un prétre le corps de Notre-Seigneur à un malade?. » Saint Oswalde archevêque d'York, prie ses fréres « de lui donner le ministére de l'onction sacrée, avec le Viatique du corps de Notre-Seigneur *. » Sainte Adélaïde impératrice, dont la Vie a été écrite par saint Odilon abbé de Clugni, « recoit en mourant, le sacrement du corps de Notre-Seigneur? ; » et saint Thibaud prêtre et solitaire, «le Viatique du corps f. »

Dans l’onzième siècle , on voit saint Othon évêque de Bamberg, communier de même”. Au commencement du douzième et dans la dernière maladie de saint Hugues abbé de Clugni, comme la vue « commenooit à lui manquer, on lui demanda s'il reconnoissoit la chair vivifiante de son Sauveur : Je la connois, dit-il, et je l'adore. » Ensuite prêt à expirer, il se fit porter dans l'église pour y mourir sur la cendre; et voilà quelle fut la fin de ce grand homme. Sa mort fut révélée à saint Godefroi évéque d'Amiens, qui étoit alors à Rome. Ce saint évéque se vit en esprit à Clugni, où les moines le prioient de célébrer une messe pontificale, pour donner à leur saint abbé le Viatique du corps et du sang de Notre- Seigneur?: marque que les deux coutumes, et celle de dire une messe pour communier le malade quand on en avoit le loisir, et celle de lui porter le corps seul de Notre-Seigneur hors l'heure du sacrifice et quand le temps pressoit, duroient encore.

Nous avons au treizième siècle les exemples de saint Edmond de Cantorbéry ‘, de saint Louis roi de France !!, de saint Louis son

1 Sur., 10 febr. — ? Sur., 13 oct.; Sec. v Ben., tom. V, p. 9, — 3 Sur, 31 oct.; Sec. Ben. n1, part. I, tom. III, p. 39. — ^ Sec. Ben. v, tom. VII, p. 732. — 5 Sur., 16 dec.; Canis., tom. V Ant. Lect. — 6 Sur., 30 jun. — 7 Vit. Oth., Bamb.,lib. lll, cap. XLv; Canis., Antiq. Lect. — 8 Vit. Hug. Clun., per Hild. Cenom., cap. LI. — ? [bid., cap. xxur. — 1? Sur., 16 nov. — 11 Jbid., 25 aug. —

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