CHAPITRE XXI
Réflexions sur la prodigreuse opposition qui se trouve entreiles premiers chrétiens et les protestans.
Avant que de passer outre, un peu de réflexion nous va faire voir le prodigieux éloignement de l’ancien christianisme et des 1 Sur., 19 aug., — ? Jbid., 1 mart. — ? Anonyme, p. 166, 167; Luc. Tuy., lib. IL, cap. vir. — ^ Sur., 19 nov. FRE:
protestans. Ceux-ci posent comme une maxime fondamentale de la doctrine de l'Eucharistie, qu'elle n'est que dans l'usage comme les autres sacremens, et entiérement passagére; de sorte qu'elle n'est pas le sacrement de Jésus-Christ, quand on ne la recoit pas dans l'assemblée des fidèles et avec le reste de ses frères. Selon cette maxime, ils ont toujours constamment soutenu et. soutiennent encore que tout ce qui reste aprés la communion n'est plus le sacrement de Jésus-Christ: et quoique quelques-uns d'eux, comme ceux de la Confession d'Augsbourg, aient peine à croire que ce soit une chose tout à fait profane, les calvinistes, qui se piquent d’être les plus purs de tous ces puristes, traitent de superstition ce respect tel quel que les luthériens de la Confession d'Augsbourg ont pour les restes de l'Eucharistie, et n’y veulent plus rien reconnoitre de sacré. Mais les anciens chrétiens loin d'étre dans ce sentiment, l'ont traité de folie, comme on l'a vu par le témoignage de saint Cyrille. Ils ont porté l' Eucharistie dans leur maison : ilsl'y ont recue en particulier; et n'ont pas eru recevoir moins dans cette communion domestique que dans celle de l'église.
Nous avons vu M. dela Roque embarrassé de la communion que l'on donnoit aux malades, insinuer, sans vouloir recourir à la réserve, que lon consacroit l'Eucharistie chez les malades toutes les fois qu'on les communioit. Il n'a voulu se laisser vaincre, ni par la communion de saint Ambroise, oü il ne paroit autre chose qu'une simple réception, ni par celle de Sérapion, oü le prêtre, loin de donner la communion lui-méme et de l'aller consacrer chez le malade, la lui envoie toute consacrée et toute faite de chez lui, par un jeune homme qui n'avoit aucun caractère pour la consécration. Ce ministre n'a pas voulu voir qu'on étoit si éloigné de croire qu'il faut consacrer l’Eucharistie exprès, pour la donner aux malades, qu'on étoit venu jusqu'à la leur envoyer par des laiques et par des femmes : coutume par laquelle les conciles, loin de trouver à redire qu'on ait cru la consécration une chose permanente, autorisent manifestement cette croyance, puisqu'ils n'obligent les prêtres qu'à faire par eux-mêmes la distribution qu’ils commettoient aux autres, mais toujours en regardant la consécration comme faite.