‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 296 sur 403 · PARTIE I], CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

PARTIE I], CHAPITRE XXII

ne garda pas au lendemain le pain qu'il donnoit à ses disciples , en disant : Prenez et mangez!. »

Il n'est pas possible que ces Messieurs croient ce qu'ils disent. Car pour commencer par ce dernier passage, prétendent-ils que sous prétexte qu’Origène a dit, ce qui est trés-vrai, que Notre-Seigneur a fait consumer par ses apôtres tout ce qu'il avoit consacré de pain, la réserve nous soit défendue, et qu'en effet l'antiquité n'en ait jamais fait ? Ils savent bien le contraire, puisque dans le temps d'Origéne, c'est-à-dire au troisième siècle, et méme dés le second, de leur aveu propre, les fidèles gardoient la communion, nonseulement pour le lendemain, mais encore pour les jours suivans. Si donc nous trouvons cette coutume, non-seulement dans les six premiers siècles, mais encore dans le septième et jusqu’au dixième : si d'ailleurs il est constant, comme nous l'avons démontré , qu'on réservoit l'Eucharistie pour les malades , quand ce ne seroit que pour les malades qui étoient en pénitence, ce qu'on a détruit par tant de preuves, c'en seroit assez pour conclure la réserve. Car de dire avec M. de la Roque , qu'en communiant les malades on consacroit toujours pour eux, de sorte que le prêtre communioit aussi à quelque heure que ce fût, nous avons vu combien cette prétention est insoutenable , et combien il est ridicule que pendant que les fidèles prenoient tous les jours à leur maison l'Eucharistie consacrée à l’église, les malades fussent les seuls pour qui l'on fit scrupule d'en user de même ; et quand on auroit prouvé, ce qui se dit gratuitement et ce qui se détruit par tant de preuves, que la réserve établie par les canons de Nicée et de Carthage ne regardoit que les malades pénitens , la cause de nos adversaires n'en deviendroit pas meilleure, puisque c'en seroit assez pour conclure plus clair que le jour que lorsqu'on parle de consumer en diverses sortes les restes du sacrifice, il faut entendre les restes après toutes les réserves accoutumées , puisque manifestement ces réserves faisoient partie de la distribution ordinaire.

Mais, dit-on ?, saint Optat Milévitain dit que le corps et le sang de Notre- Seigneur habitent sur les autels par certains mo-

! Homil. v in Levit., n. 8. — ? La Roq., p. 58.

mens’ : donc on ne réservoit pas l'Eucharistie sur les autels. Car c'est tout ce que M. de la Roque a conclu de ce passage. Mais qu'importe à notre question que ce füt alors sur les autels, ou en quelque autre endroit de l'église, ou méme chez les évéques , ou chez les prêtres, qu'on réservát l'Eucharistie? Toujours est-il bien certain méme par saint Optat, comme nous l'avons prouvé, qu'on la réservoit; et ce que rapporte M. de la Roque , touchant la consomption des restes du sacrifice, étoit sans préjudice de cette réserve.

Le passage qu'il produit de saint Augustin n'est pas plus à propos. Ce grand homme dit, dans sa lettre à Janvier, qu'on célébroit l'Eucharistie ( c'est ainsi que traduit M. de la Roque?, au lieu de ce qu'a mis saint Augustin, qu'on offroit; mais ces Messieurs n'aiment point ce mot qui sent trop le sacrifice : il faut pourtant bien qu'ils s'y accoutument, puisqu'ils le trouvent à toutes les pages des saints Pères). Saint Augustin dit donc « qu'on offroit deux fois le Jeudi saint: le matin pour ceux qui ne jeünoient pas, et le soir pour ceux qui jeünoient ; » d’où ce ministre conclut « qu'on ne réservoit rien de l'Eucharistie, parce qu'autrement cette dernière célébration n'auroit pas été nécessaire, et qu'on eüt pu communier ceux qui jeünoient, des restes de la communion du matin ?. » Il ne songe pas que les chrétiens, autant qu'il étoit possible, vouloient en communiant , assister au sacrifice entier , surtout dans le jour sacré oü il avoit été institué, et participer à toutes les prières dont cette sainte action étoit accompagnée. D'ailleurs l'heure naturelle et ordinaire du sacrifice, étoit dans les jours de jeûne l'heure du soir; et cette heure devoit d'autant plus être gardée le Jeudi saint, que c'étoit celle où Jésus- Christ avoit offert lui-même la première fois. Enfin ce n'étoit pas la coutume d'Occident, excepté peut-être le Vendredi saint, de donner dans l'assemblée publique le sacrement réservé. On disoit toujours plusieurs messes, quand on donnoit plusieurs fois la communion dans l'église ; ce qui ne préjudicie en aucune sorte aux réserves accoutumées , tant pour la communion domestique

* Opt. Milev., lib. VI, p. 92. — ? La Roq., p. 59. — 3 Epist. cxviir, Cap. VIT, nov. édit. LIV, n. 9. $

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