PARTIE II, CHAPITRE XXIII
y irouveroit à toutes les pages, dès le quatrième et le cinquième siècle, c'est-à-dire près de deux cents ans avant saint Grégoire, des moines et des abbés qui constamment étoient prétres. Sans sortir de l’Æistoire Lausiaque, écrite au cinquième siècle, il trouveroit pour le moins dix ou douze endroits où il est parlé de ceux qu'on appeloit dès ce temps-là, les prêtres des monastères ; et il est aisé de prouver tant par saint Grégoire pape, que par saint Grégoire de Tours son contemporain, que la plupart des abbés étoient prétres, de leur temps. Mais pourquoi s'arréter ici à ces raisons générales, puisqu'il est certain que Maximien étoit prétre dans le temps dont il s'agit? Pour en être convaincu, il ne faut que lire ces mots d'une lettre du pape Pélage II à saint Grégoire, alors diacre, pendant qu'il faisoit à Constantinople et auprés de l'Empereur les affaires de l'Eglise. « Hâtez-vous, dit-il, de nous envoyer le prêtre, parce qu'il est trés-nécessaire à votre monastère et àlouvrage que nous lui avons commis !. » Tous les doctes sont d'accord qu'il lui parle du prêtre Maximien; et le rapport de cette lettre du pape Pélage, avec l'endroit des Dialogues de saint Grégoire dont il s'agit, ne permet pas d'en douter. Il paroit dans les Dialogues que Maximien, qui étoit Père du monastère qu'il avoit à Rome, l'étoit venu visiter à Constantinople, pendant qu'il y résidoit par l'ordre du pape Pélage II son prédécesseur. 1l paroit par la lettre de Pélage que ce pape rappeloit Maximien pour les affaires du monastère dont il étoit le Père; et il paroit enfin par les Dialogues de saint Grégoire qu'en effet à retournoit à ce monastère, où saint Grégoire le renvoyoit selon l'ordre qu'il en avoit recu. C'est donc alors qu'il fut accueilli de la tempéte, oü arriva le miracle dont nous avons vu le récit. Il ne faut plus contester que. Maximien ne füt prétre, et l'argument de nos adversaires s'en va en fumée.
Car de répliquer maintenant avec M. de la Roque que quand Maximien auroit été prétre, «il n'y a point d'apparence qu'il eüt osé célébrer les divins mystères en un lieu non consacré, et qui pis est, dans la. mer ?, » où Thomas Valdensis et Cassandre assurent qu'il n'étoit pas permis de le faire, c'est sur la foi des deux
1 Pelag. IL, ep. i11, ad Greg. Diac. — ? La Roq., p. 165.
auteurs du siécle passé, décider trop hardiment dela pratique du siècle de saint Grégoire; et pour démontrer la fausseté des conjectures de ce ministre, auroit-il trouvé de l'inconvénient à la célébration des mystères dans un lieu non consacré t, s'il avoit seulement songé à ce qu'il a remarqué lui-méme, «qu'on célébroit les sacremens chez les malades, comme nous l'apprenons d'Ahyton, évéque de Bâle,» afin de leur donner la consolation de mourir avec ce divin Viatique? Pourquoi dans une semblable nécessité n'auroit-on pas célébré pour nos voyageurs? Et si l'on veut des exemples plus anciens, on verra dans Théodoret? que, pour donner la consolation à un solitaire d'assister aux divins mystéres, ce saint évéque les célébra en sa présence et dans sa cellule, ayant pour tout autelles mains de ses diacres; et plus haut nous trouverons dans saint Augustin que ses prétres offrirent le saint sacrifice dans une maison particulière, pour la délivrer de l'infestation des malins esprits; et plus haut encore le diacre Paulin nous fait voir saint Ambroise, son évéque, «dans la maison d'une femme de qualité, pour y offrir le sacrifice?. » On voit dans saint Grégoire de Tours, contemporain de saint Grégoire pape, que les prêtres portoient dans les voyages les vaisseaux sacrés ; témoin le prétre Maxime, qui passant la Saóne, fut jeté par la tempéte dans la rivière, «ayant à son cou, avec le livre de l'Evangile, le ministère quotidien *, » c'est-à-dire « une petite patène avec un calice.» M. de la Roque, qui a rapporté ce passage, n'a-t-il pas vu dans cette petite paténe, un vaisseau portatif etaccommodé à l'usage des voyageurs? Pourquoi ce prétre est-il si soigneux de porter sur lui tous les instrumens du sacrifice, si ce n'est pour le célébrer durant le voyage dans les lieux où il n'y auroit point d'église, puisqu'il auroit trouvé dans les églises tout ce qui lui eüt été nécessaire? C'est à cela que servoient dès le huitième ou neuvième siècle, ces tables d'autel consacrées, que nous appelons autels portatifs, tabule itinerario, tabulæ altaris consecratæ, que l'on avoit pour célébrer dessus le saint sacrifice, non-seulement dans les chapelles, mais encore à l'air, ou sous les tentes. Je ne trouve
1 La Roque, p. 213. — ? Vide Hist. Relig., edit. Sirm. — 3 Vita Ambr., per Paul., cap. 1v. — * Lib. de Glor. Confess., cap. XXII. — 9 Conc. Trib., cap. IV,