PARTIE II, CHAPITRE XXIII
dans tout le Droit aucune défense d'en faire autant sur la mer, loin qu'on en trouve les moindres vestiges dans le siècle de saint Grégoire et dans les siècles suivans. Qu'est-ce donc qui eùt pu empécher Maximien de dire la messe tous les jours, comme c'étoit constamment alors la coutume des saints évêques et des saints prétres, ou si on aime mieux de cette sorte, quand il se vit menacé de la tempéte? L'heure y convient, et la communion fait voir qu'on étoit à jeun. L'on se souvient de ce que nous avons vu dans saint Ambroise !, de saint Satyre son frère. On trouvera dans une tempéte le corps de Notre-Seigneur, mais le corps seul, que saint Satyre, encore catéchumène, demanda aux fidèles. Il n’est point parlé de prêtres; mais seulement de ceux que Satyre connoissoit pour initiés. Aussi n’y voit-on que le corps; au lieu qu'ici, où il est constant qu'il y avoit un prêtre, on voit le corps et le sang. D'où vient cette différence, si ce n'est de la consécration qu'on en avoit faite et de la célébration du sacrifice?
Et il faut bien que M. de la Roque l'avoue avec nous, s'il ne veut se démentir lui-même. Car lorsqu'il recherche dans l'antiquité le commencement de la réserve de l'Eucharistie, il déclare «qu'il ne la trouve pas dans les six premiers siècles ?, » ni avant la fin du septième. Je remarque, dit-il, « vers la fin du septième siècle, quelques acheminemens à la réserve de l'Eucharistie. » Voilà donc le commencement vers la fin du septième siècle, encore n'étoit-ce qu'un simple acheminement. Or saint Grégoire est mort en l'an 605, au commencement du septième siècle, lorsque selon le ministre il n'y avoit pas méme de disposition ni d'acheminement à la réserve. Il y en avoit encore moins durant son pontificat qui a duré treize ans et demi, et sur la fin du siècle où ce miracle arriva, saint Grégoire n'étant que diacre. Par conséquent cette communion ne se.put faire, selon ce ministre, de l'Eucharistie réservée ; et il faut nécessairement qu'on ait célébré le sacrifice pour la consacrer, ce que ce ministre nie avec tant d'effort.
in Decr., art. 3, dist. 1, cap. xxx; Mabill., de Lit. Gal., cap. vit, n. 7; vide ejus Præfat. sec. III, n. 18, 19. — 1 De obit. Satyr., loco sup. cit. — ? La Roque, p. 61. ;
Ainsi de quatre témoins qu'on nous produisoit pour la réserve ordinaire du corps et du sang, en voilà d'abord deux inutiles. Les deux autres ne sont pas plus forts; l'un est saint Grégoire de Nazianze, et l'autre est le prétendu Amphilochius dans la Vie de saint Basile. Dans le passage de saint Grégoire de Nazianze, on voit que sa sceur sainte Gorgonie, affligée d'une maladie inconnue aux médecins, « se jeta aux pieds de l'autel. Là, dit-il, après qu'elle eut oint son corps du reméde qu'elle avoit en sa puissance; et si sa main avoit quelque part gardé quelque chose des symboles du eorps ou du sang, aprés lavoir mélé avec ses larmes, elle se sentit tout à fait guérie '. » Voilà done le corps ou le sang en la puissance de cette sainte vierge, et le voici dans l'autre passage en la puissance d'un Juif, qui s'étant mélé parmi les fidèles, selon le prétendu Amphilochius, reçut de la main de saint Basile le corps etle sang de Notre-Seigneur, « et emporta dans sa maison les restes de l'un et de l'autre ?. » |
Il est certain que nos adversaires n’ont rien de plus apparent que ces deux passages ; mais ni l'un ni l'autre ne conclut pour la réserve ordinaire des deux espèces comme choses inséparables. Le premier, parce qu'on ne lit pas dans saint Grégoire de Nazianze, que sa sceur eüt réservé les symboles du corpset du sang, comme choses qu'on réservát toujours ensemble; mais les symboles du corps ou du sang, comme ne sachant lequel des deux elle avoit gardé, à cause que la coutume n'étoit pas de les garder l'un et l'autre, ou enfin parce que c'étoit une chose libre.
L'Anonyme trouve fort mauvais qu'on lui enléve un passage qu'il trouve si clair, par la seule remarque qu'on fait que saint Grégoire de Nazianze a dit le corps ou le sang. « Misérable défaite, dit-il, pour un docteur qui ne peut ignorer que la particule grecque est employée une infinité de fois au lieu de la conjonction?. » Et moi je dis au contraire, et plus raisonnablement : Misérable instance pour un docteur, puisqu'il ne peut ignorer que la particule grecque signifie naturellement notre ow francois et l'alternative qui y est jointe : que cette signification est la
1 Greg. Naz., orat. XI ?2 Gorg..sor. — ? Vita Basil., cap. vit. — ? Anonyme; pe 221. i