‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 303 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXIII

malgré qu'on en eût, suivre la nature à laquelle le Fils de Dieu ne dédaignoit pas d'assujettir son mystère. Ainsi l'on ne réservoit ordinairement, et pour un temps tant soit peu considérable, que l'espece qu'on pouvoit réserver sans péril ; et la communion sous une ou sous deux espéces parut si indifférente à toute l'Eglise, que cette seule difficulté la. déterminoit à une seule en tant de rencontres, c'est-à-dire en toutes celles où l’on usoit d'une longue et ordinaire réserve.

Quand donc M. dela Roque nous objecte qu'il étoit « aisé d'emporter le pain et le vin dans les vaisseaux mêmes où on les avoit apportés selon la coutume , afin de les offrir pour la célébration du sacrement !, » il ne veut qu'amuser le monde. Car qui doute qu'il ne füt aisé de les emporter ? Mais qu'il füt également aisé de les garder l'un et l'autre, ou que ce füt la coutume de les emporter, comme il le prétend ; c'est de quoi il s'agissoit, et ce qu'il ne prouve pas. Qu'on ait emporté le corps, qu'on l'ait réservé, on n'en peut douter ; et nous avons vu partout le coffret, la boite et les linges qui servoient à ce saint usage. Mais le ministre, qui a vu dans l'Ordre romain que les fidéles en approchant de l'autel , y présentoient du vin dans une fiole pour le sacrifice, y a-t-il vu quelque part , ou a-t-il vu en quelque autre endroit de l'antiquité qu'on emportát. ces fioles pleines de vin consacré? Jamais, et il n'en est fait mention dans aucun endroit. On voit bien, lorsque les fidéles présentoient chacun leur fiole pleine de vin , qu'on en versoit dans un grand calice autant qu'on avoit besoin d'en consacrer pour la communion du peuple; mais que jamais on ait rempli ces fioles, ou quelque autre vaisseau que ce füt, de vin consacré pour le réserver, on n'en voit rien du tout ; et au contraire on a vu clairement dans l'Ordre romain, et partout ailleurs, qu'on réservoit seulement la partie solide, qu'on pouvoit garder plus aisément et plus longtemps. Aprés tant de preuves , peut-on encore douter de notre doctrine?

Jusqu'ici nous avons Óté tout refuge à nos adversaires, en leur ótant les quatre endroits oü ils avoient mis leur confiance. Mais j'ajoute, par abondance de droit, que quand ils auroient

1 La Roq., p. 167.

montré par ces endroits que l'on emportoit souvent le vin consacré, ils n'en pourroient rien conclure contre nous, puisque d'ailleurs il est si constant que trés-souvent on emportoit le pain seul, ce qu'ils n'ont pu désavouer tout à fait, comme nous l'avons fait voir; de sorte qu'il faudroit toujours conclure que c'étoit une chose libre, et c'est tout ce que nous prétendons.

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