‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 305 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXIV

d'une médiocre autorité. Mais pour n'y plus revenir, je suis bien aise de lui rapporter une bonne fois le sentiment de cet homme , afin qu'il voie s’il s'en accommode. «Il faut confesser, dit-il, que les anciens n'ont pas estimé l'union des deux espéces si fort nécessaire, que si on les séparoit pour quelque nécessité ou quelque grave raison, ils pensassent que la vraie raison et essence du sacrement ne püt consister dans une seule espèce. Ils pensoient au contraire que pour recevoir l'efficace du sacrement, si le temps le demandoit ainsi, une seule espèce étoit suffisante, principalement si cela se faisoit extraordinairement, lorsqu'on prenoit le sacrement, non pour la représentation, mais pour l'efficace , comme il est eonstant qu'on le faisoit dans la communion domestique et dans celle des malades , encore qu'il soit certain que quelquefois on les communioit sous les deux espèces. Ceux done qui pressent de telle sorte l'usage des deux espèces, qu'ils rejettent comme un sacrilége la distribution d'une seule pour quelque cause que ce soit, et qui disent que ce n'est pas un sacrement, n'ont pas assez d'égard à l'autorité de l'Eglise et à la paix. » Sur ce fondement, il ne permet pas de « condamner la coutume de communier le peuple sous une espèce, introduite en Occident depuis quelques siècles, ni d'aceuser d'impiété ceux qui s'en contentent; mais il veut qu'on enseigne au peuple que le fruit de ce sacrement ne consiste pas à recevoir une espéce ou deux, mais à communier dignement *. »

Plut à Dieu que nos adversaires fussent capables d'entrer dans des sentimens si équitables! Il ajoute : « qu'il faut suivre ici le conseil de l'Apótre : « Que celui qui boit ne méprise pas celui qui ne boit pas; et que celui qui ne boit pas ne juge pas celui qui boit. » C'est aussi ce qu'on pratique parmi nous. Nous laissons aux églises orientales, qui se réunissent à nous, leur usage de communier sous les deux espéces, comme elles ne nous chicanent pas sur le nótre ; et si l'on n'a pas usé toujours de la méme condescendance, nous en dirons ailleurs les raisons. En attendant , il paroit que ce Cassander tant vanté par nos adversaires, traite la chose d'indifférente. Voilà ce qu'a fait dire une grande connoissance de l'anti-

1 Consult,, art. 22, de Comm, sub utr, spec.

quité , à un homme qui a tant voulu rétablir la communion sous les deux espèces, qu'il s'en est rendu suspect. Et néanmoins à la fin et dans le dernier ouvrage où il a parlé de cette matière, il revient en substance à notre doctrine ; en quoi il est d'autant plus croyable qu'il écrit ce que nous venons de voir dans une occasion où il étoit expressément consulté par l'empereur Ferdinand, et aprés y avoir autant pensé qu'une si grande occasion le méritoit. |

Venons au cardinal Baronius. ll est vrai que, dans le cours de son histoire, à l'occasion du désordre arrivé à Constantinople, quand on y déposa si violemment saint Chrysostome, il dit qu'autrefois «on avoit coutume de garder l'Eucharistie, non-seulement sous l’espèce du pain, mais encore sous les deux espèces.» Il avoit dit dans un autre endroit, oü il traite expressément cette matière, « qu'encore que les fidèles recussent autrefois l'Eucharistie sous deux espèces dans le temps du sacrifice, toutefois, lorsqu'ils communioient, ou dans leur maison, ou méme dans l'église hors de ce temps, ils recevoient la seule espèce qu'on réservoit, qui étoit celle du pain ; et, poursuit-il , on ne lit nulle part qu'on en ait jamais réservé une autre ?. » Ces deux passages sont assez contraires. Que si ce savant cardinal, dans un travail aussi grand que celui des Annales de l'Eglise, n'a pas pu examiner toutes les choses avec une égale exactitude, et que pour n'avoir pas pris des principes assez fermes en cette matiére, il ne soit pas bien d'accord avec lui-méme ; ou que dans un ouvrage si vaste , il lui arrive quelquefois d'oublier en un endroit ce qu'il aura établi en un autre : c'est à nous à ne déférer à ses sentimens qu'autant que nous les trouverons soutenus par de bonnes raisons.

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