‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 307 sur 403 · PARTIE IT, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

PARTIE IT, CHAPITRE XXV

Seigneur furent versés à terre et sur les habits, entre les mains des diaeres qui les distribuoient aux nouveaux baptisés. Quand Baronius et même encore Bellarmin * ( car je ne veux pas dissimuler qu'il n'ait fait la méme remarque que Baronius) ; quand, dis-je, ces deux grands hommes et d'autres encore auroient cru voir une réserve ordinaire du sang, ainsi que du corps de Notre- Seigneur, le contraire nous paroit par la chose méme: et l'on n'apercoit ici d'autre réserve que celle qu'il falloit faire nécessairement depuis la consécration jusqu'à ce qu'on eüt communié , avec tout le peuple, trois mille nouveaux baptisés.

Je vois pourtant, ce me semble, ce qui peut avoir trompé ces grands hommes. Ils n'avoient point le texte grec de Pallade, que le docte M. Bigot vient de donner, ni la lettre de saint Chrysostome à saint Innocent, qui y est insérée. La version latine de cette lettre qu'ils avoient entre les mains, portoit « que les soldats pénétrèrent au lieu où les choses saintes étoient serrées et mises en réserve, UBI SACRA CONDITA SERVABANTUR, qu'ils virent ce qui étoit serré ou enfermé au dedans : SPECTABANT INTUS RECONDITA ?. » Accoutumés à voir dans les Pères et dans les canons l'Eucharistie réservée et serrée dans les églises pour la communion des malades, ils rapportèrent à cette réserve le passage de saint Chrysostome ; mais il n'est parlé dans le grec ni de renfermer ni de garder ou de réserver; il y est dit seulement que les soldats virent ce qui étoit au dedans, toco» «x &3o. Le recondita, qui est ajouté dans la version de Baronius ne se trouve pas dans l'original; au lieu que le latin porte qu'on entra « où les choses saintes étoient serrées et mises en réserve, » UBI SANCTA CONDITA SERVABANTUR ?. Le grec porte qu'on entra « où reposoient les choses saintes , £0, à G^tu diéxetvzo , ubi sancta erant posita; à peu près au même sens que saint Chrysostome dit ailleurs *, qu'après la consécration on voit « posé sur l'autel,» ou si l’on veut « gisant sur l'autel, xspév, l'Agneau qui óte les péchés du monde; » ce qui ne marque aucune réserve particulière. Et quand le docte Bigot a traduit ub sancta erant veposita, il a bien su la signification de ce mot latin,

1 Lib. IV, de Euch., cap. 1v. — * Baron., ibid. — ? pall., zóid., p. 8. — ^ Hom. xri, in 1 ad Cor.

qui ne veut pas dire serré, renfermé, mais seulement posé, ou, si l'on veut, mis à part. Et je ne refuserai pas le terme réservé, pourvu qu'on reconnoisse, ce qu'aussi on ne peut nier, qu'il ne paroit ici d'autre réserve que celle que je viens de dire, depuis la consécration jusqu'à la communion de tous les fidèles tant anciens que nouvellement régénérés : ce qui ne regarde en aucune sorte notre question.

Je me rappelle en cet endroit (car autant que je le puis, je ne veux laisser aucune difficulté à ceux qui veulent comprendre cette importante matiére) ; je me rappelle, dis-je, que nous lisons dans la Vie de sainte Marie Egyptienne *, que le saint abbé Zozime porta sur le soir, de son monastère jusqu'au désert voisin, le corps etle sang de Notre-Seigneur à cette sainte pénitente; ce qui pourroit faire croire que, contre ce que j'ai répété souvent, l'on avoit ordinairement les deux espéces à des heures fort éloignées de l'heure du sacrifice. Mais toute la difficulté cessera, si l'on considère que la Sainte avoit désiré «que Zozime lui apportât les sacrés mystères au jour et à l'heure que Notre-Seigneur les avoit donnés à ses disciples. 11 fut aisé au saint abbé de la satisfaire. Le soir du Jeudi saint (c'étoit l'heure où l'on sacrifioit les jours de jeûne), il mit dans un petit calice une partie du corps et du sang de Notre-Seigneur. » Il le donna à la Sainte pendant la nuit : ainsi tout s'accomplit selon son désir, sans rien faire d'extraordinaire, et sans réserver le sang précieux plus qu'on n'avoit aecoutumé.

Ceux qui objectent saint Exupère de Toulouse, « qui portoit , selon saint Jéróme, le corps de Notre-Seigneur dans une corbeille et son sang dans un vaisseau de verre *, » se peuvent ressouvenir de ce qu'on a déjà vu dans cet ouvrage, qu'il le portoit, et non pas qu'il le gardoit; et cela convenant si bien à l'heure du sacrifice, on n'en peut non plus tirer de conséquence pour la réserve que du passage de saint Justin, d’où M. de la Roque avoue qu'il n'y a rien à conclure.

1 Vita S. Mar. Ægypt., cap. XX-Xxi1; Sur., 2 apr. — ? Epist. ad Pamm., loco sup. cit.

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