CHAPITRE XX VI
Examen de quelques autres endroits où M. de la Roque a cru trouver la
réserve de l'Eucharistie sous les deux espéces pour la communion des malades.
Il nous reste à examiner quatre ou cinq endroits où ce ministre trouve la communion des malades sous les deux espéces. Nous avons vu les exemples qu'il nous a rapportés. Afin que rien ne paroisse manquer à sa preuve, il les soutient par d'autres passages; mais tout cela devient inutile, en se souvenant seulement de ce que nous avons dit tant de fois, que l'on communioit les malades et sous une espèce et sous deux, suivant les diverses circonstances que nous avons remarquées.
Si M. dela Roque y avoit pensé, il se seroit épargné la peine de nous objecter un Sermon de saint Augustin, ainsi qu'une Instruction de saint Eloi, où les fidèles sont exhortés « à recevoir dans leurs maladies le corps et le sang de Jésus-Christ 1. » Ce prétendu sermon est de saint Césaire évéque d'Arles, et les doctes Bénédictins, qui nous ont donné une si exacte édition de saint Augustin, n'en ont pas douté ?. N'importe; nous en recevons l'autorité. Dans la Vie de saint Eloi, on remarque que ce saint évéque enseignoit aux malades à ne pas recourir aux enchanteurs, « mais à recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ *. » Mais que servent ces deux passages et tous les autres de cette nature? Ils ne font rien du tout contre nous, puisque nous ne nions pas, et qu'au contraire nous avons montré par tant d'exemples, que c'étoit l'esprit de l'Eglise de communier les malades, autant qu'on pouvoit, à l'heure du sacrifice; et dans cette circonstance, de leur donner les deux espèces, s'il n'y avoit quelque autre empéchement. Mais nous avons vu tant d'autres passages où l'on en usoit autrement quand l'heure n'étoit pas propre, qu'il n'y a pas moyen de le nier; et c'est, non de quelques-uns, mais de tous ces passages pris ensemble qu'il faut recueillir les
1 La Roq., Rép., p. 18, 19. — ? August., serm. ccxv, de temp.; nov. edit, in App., serm., CCLXV, n. 3, — 5 Vita S. Eligii, tom. V ; Spicil., p. 116.
coutumes , et voir pour ainsi dire l'ame entière de la tradition de l'Eglise.
Le ministre en revient encore aux exemples, et il nous raconte ! « qu'Arnulphe étant sur le point d'expirer, reçut les mysteres vivifians ?. » Ce n'est pas à dire qu'il ait recu les deux symboles, et il y a beaucoup d'apparence qu'il ne recut que le corps, puisqu'il est dit aussitôt aprés qu'il rendit graces seulement d'avoir été « uni au corps du salut éternel; » et nous avons vu trés-souvent qu'on parle indifféremment au pluriel ou au singulier des sacremens ou des mystères, soit qu'on en recoive les deux parties ou une seule, à cause de l'union inséparable tant de la substance que de la vertu qu'ils renferment. Mais quand on avoueroit en cette occasion la communion sous les deux espèces, rien n'empéche de croire qu'elle n'ait été donnée , comme tant d'autres, à l'heure du sacrifice; et cet exemple ne décideroit rien.
Par cette méme raison, M. de la Roque ne devoit alléguer ici ?, ni un concile de Reims tenu sous Hincmar en 879, qu'il cite en un autre lieu et auquel nous avons aussi déjà répondu, ni un concile du palais de Pavie en 850. Le premier ordonne que deux personnes qui avoient contracté un mariage incestueux, si elles font pénitence, puissent à la fin de leur vie « étre recues à la communion du corps et du sang de Notre-Seigneur *; » en certain cas et à l'heure du sacrifice, je l'ai avoué cent fois : en tout cas et à toute heure, d'autres conciles du méme temps, et sous le méme Hincmar, où l'on voit la communion des malades sous une espèce, ne permettent pas de le dire.
Le concile du palais de Pavie prouve encore moins, puisqu'il y est dit seulement qu'on ne pourra donner l’Extrême-Onction aux malades, « qui étoient dans la pénitence publique, s'ils n'avoient été premièrement réconciliés pour être rendus dignes de la communion du corps et du sang de Jésus-Christ 5, » c'est-à-dire que l'absolution devoit précéder : autrement ces pénitens, qui pouvoient être en péché mortel, n'eussent pas été dignes de rece-
1 La Roq., p. 19. — ? Chronol. Met., tom. VI; Spicil., p. 681. — 3 La Roque, p. 74, 80, 81. — ^ Concil. Rem., Suppl. Conc. Gall., p. 997; Labb., tom. IX, col. 336. — 5 Conc. in Regia Tic., cap. vin.