PARTIE II, CHAPITRE XXX
tantest grande le puissance et la Majesté du Seigneur! » Or sa puissance et sa Majesté n'est pas moins grande dans son corps que dans son sang : nous aurions donc vu à la présence du corps les mémes émotions, les mémes convulsions dans l'enfant, et dans ce corps sacré la méme force.
En effet considérons un autre miracle, que le méme saint Cyprien raconte dans le méme endroit et incontinent aprés celui-ci : Il se fit en la personne, non plus d'un enfant, mais d'une femme; et voici comment le raconte saint Cyprien : « Une autre, qui, déjà avancée en âge, s'étoit coulée en secret au milieu de nous pendant que nous offrions le sacrifice, y recut non pas une viande, mais une épée tranchante ; et comme si elle avoit pris un poison mortel entre la gorge et l'estomac, elle se sentit aussitôt oppressée et étouffée avec une extrême violence !. » Cette adulte devoit recevoir, non-seulement le sacré breuvage , mais encore la viande, cibum, comme parle saint Cyprien, et la partie solide du sacrement. C'est aussi en recevant cette viande qu'elle en ressentit la force, funeste aux indignes et aux sacriléges. Suivons encore saint Cyprien : « Une autre recut dans ses mains profanes la chose sainte de Notre-Seigneur, » c'est le corps que l'on mettoit dans les màins; « mais ayant ouvert ses mains, elle n'y trouva que de la cendre. On connut par expérience que le Seigneur se retire quand on le renie; et le Seigneur se retirant, la grace salutaire est changée en cendre.» Partout où le corps paroit comme recu indignement, la vengeance commence par là : la petite fille est la seule où elle commence par le sang; c'est donc qu'elle ne reçut que le sang seul , malgré les chicanes et les vains efforts des ministres. lls ont voulu nous faire accroire que saint Cyprien ne parloit pas en ce lieu de la communion du corps donné aux adultes. Ils se trompent ; saint Cyprien en.a parlé comme on vient de voir, mais c'est quand il y a été obligé par quelque événement extraordinaire. Si donc il n'en parle pas dans le miracle arrivé à l'enfant, qui ne voit plus clair que le jour que c'est qu'elle ne l'avoit pas recu; et que dans l'Eglise de Carthage, la mieux instruite, la mieux policée de toute l'Eglise, où présidoit un
1 $. Cypr., De Laps., loco sup. cit.
Pr
évéque aussi éclairé et aussi saint que saint Cyprien, on ne communioit les enfans qu'avec le sang seul?
Les autres réponses que fait l'Anonyme ne servent qu'à nous faire voir l'embarras oü il a été : « Il faut, dit-il, remarquer que le pain se donnoit dans la main des communians. Il s'étoit donc pu faire que cet enfant, à qui on l'avoit donné en la main, l'avoit pris à la vérité, mais ne l'avoit pas mangé, ou méme l'avoit jeté sans qu'on y prit garde !. » Sans doute on ne prit pas garde à ce que fit cet enfant de ce gage divin. Sans se soucier si elle en faisoit l'usage pour lequel on le lui donnoit, c'est-à-dire de le manger, on le mit à la discrétion d'un enfant à la mamelle : on le lui laissa en sa main pour aussitót le jeter par terre. Les sacrificateurs des idoles qui, comme dit saint Cyprien, lui avoient mis à la bouche du pain souillé de leurs sacrifices, étoient plus soigneux à faire participer les enfans à leurs offrandes impures que les chrétiens à leur faire prendrele corps de Notre-Seigneur. Où en est-on quand on a recours à de tels prodiges? Mais voici le comble de l'illusion : « M. Bossuet a vu qu'on pouvoit dire que le diaere qui présentoit la coupe aux fidéles, quand il la présentoit aux petits enfans que leur áge ne permettoit pas encore de pouvoir manger du pain, en méloit un peu dans le calice afin de le leur faire avaler plus aisément. » Il s'abuse en me prenant ici à témoin. Jamais je n'aurois pensé qu'on püt imaginer de telles choses dans un passage où paroit tout le contraire, si je ne les avois vues dans les écrits des ministres. Car pour ne pas ici répéter que du temps de saint Cyprien le mélange dont on nous parle étoit inconnu, il suffit que saint Cyprien n'attribue le miracle qu'au sang tout seul. C'est le sang qui ne peut demeurer dans ces entrailles souillées : c'est le breuvage sanctifié (a) par le sang de Notre- Seigneur, qui cause ces convulsions à cet enfant. Le calice dont on lui fit prendre quelques gouttes, lui fut présenté comme aux autres pur et sans mélange. C'est ce calice qui fit ce terrible effet
1 Anonyme, p. 194.
(a) Sanctifié dans le sang de Notre-Seigneur qui le composoit. C'est le sens des expressions de saint Cyprien, que Bossuet a voulu rendre par cette phrase, Sanctificatus in Domini sanguine potus de pollutis visceribus erupit. (Edition de Déforis. )