‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 324 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXX

dont le récit nous fait encore trembler ; et nous ne pouvons pas douter que du temps de saint Cyprien, la communion sous une espèce ne fût non-seulement établie dans la sainte Eglise d'Afrique, mais encore n’y ait été confirmée par un miracle.

Il y a plus : saint Augustin a transcrit dans une de ses lettres tout ce passage de saint Cyprien !, sans y rien trouver d'extraordinaire; et la communion sous une espèce, qu'on y voit trèsexpressément, ne lui a point paru étrange. Pourquoi, si ce n'est, comme je l'ai dit dans le Traité de la Communion ?, qu'on ne peut nullement douter que « l'Eglise d'Afrique, où saint Augustin étoit évéque, n'eüt retenu la tradition que saint Cyprien, un si grand martyr, évéque de Carthage et primat d'Afrique, lui avoit laissée? » A ce passage de saint Augustin, par oü j'avois démontré si clairement la suite de la tradition, les ministres se sont tus, et leur silence confirme que ce raisonnement est sans réplique.

Il est vrai qu'ils nous objectent des passages de saint Augustin *, où ce grand homme nous représente les petits enfans baptisés, comme ayant accompli dans leur communion le précepte de manger et de boire le sang de Notre-Seigneur; mais c'est ce qui achève de les confondre. Car saint Cyprien en dit bien autant, lui qui eonstamment, comme on vient de voir, dans son Traité de Lapsis *, ne leur donnoit que le sang seul. Il ne laisse pas de dire dans le même Traité qu'on les privoit du corps et du sang de Notre-Seigneur, en les amenant aux idoles; et il dit ailleurs * que tous ceux dont Jésus-Christ est la vie, ce qui sans difficulté comprend les enfans baptisés, ont accompli ce précepte de son Evangile : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous ©. » C'est par où nous démontrons que ces grands hommes croyoient qu'on satisfaisoit au précepte de prendre le corps et le sang, en ne mangeant ou en ne buvant que l’un des deux, à cause que la vertu et la grace, aussi bien que la substance des deux, est répandue sur un seul. Des passages

! Ep. xcv Ad Bonif. Episc., alias. xx1n1, n. 3, col. 264. — ? Traité de la Commun., W part. n. 9, p. 344. — ? La Roq., Rép., p. 119; Anonyme, p. 498; August., epist. ccxvit ad Vit., al. cvr1; de Predest. Sanct., cap. X1I1 ; de pecc.

meritis, cap. XX1v.— ^ S. Cypr., de Laps., loc. cit. — 5 Testim., lib. II, n. 25, 26. — 9 Joan., vt, 54.

formels et précis, où un fait est expliqué clairement dans toutes ses circonstances, sont le naturel éclaircissement de tout ce qui se dit ailleurs en termes plus généraux ; et la pratique des Pères ne permet pas de douter du sens que nous donnons à leurs paroles.

Il ne sert de rien d'objecter aux passages de saint Cyprien et de saint Augustin ceux de saint Paulin évéque de Nole, et de Gennade prétre de Marseille. Car quand on auroit trouvé dans ces deux auteurs la communion donnée aux enfans sous les deux espèces, de leur temps, et dans d'autres églises que celle d'Afrique; l'autorité de l'Eglise d'Afrique, ou méme de l'Eglise de Carthage, quand on la voudroit réduire au seul temps de saint Cyprien, est pleinement suffisante pour prouver en cette matière l'indifférence que nous soutenons. Mais au fond ces deux passages ne prouvent rien. M. de la Roque objecte ‘ des vers que saint Paulin envoie à son ami Sulpice Sévére, pour mettre au bas des images dont il avoit orné son baptistère. Là, dit-il, saint Paulin représente le prétre retirant de la fontaine baptismale « les enfans blanes comme de la neige dans leur corps, dans leur cœur et dans leurs habits; » ensuite de quoi « il range ces nouveaux agneaux autour des autels sacrés, et il remplit leur bouche des alimens salutaires, SALUTIFERIS CIBIS *. » Mais de là quelle conséquence? Ce ministre ignore-t-il le langage commun de lEglise, qui à l'exemple de saint Pierre *, appeloit tous les nouveaux baptisés, et les adultes autant que les autres, des enfans nouvellement nés? Saint Paulin a suivi ce sens, en continuant ainsi sa pieuse poésie : « La troupe des anciens fidéles se réunit avee la nouvelle qu'on lui associe : le troupeau béle à la vue de ce nouveau chœur, et lui chante, Alleluia : » par où ce saint homme, nous représentant d'une manière si tendre la joie commune des anciens et des nouveaux baptisés, montre assez qu'il veut parler principalement des adultes capables de joie et touchés de l’Alleluia de leurs frères; et encore qu'on mélàt les petits enfans avec les nouveaux baptisés, il ne faudroit pas s'étonner que saint Paulin désignât le nouveau troupeau par les adultes, qu'on y. voyoit principalement éclater

! La Roq., p. 118. — ? Paulin., ep. xii ad. Sev., al. ep. xXxXH, n, 9. — 8 1 Petr., 11, 2.

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