‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 329 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXI

puisque si l'on eüt eu à le donner, on auroit constamment commencé par là. Ill n'y a done rien à suppléer dans Jobius; et tout ce qu'on peut accorder à Théodore de Mopsueste, c'est peut-étre qu'il aura vu d'autres pratiques en d'autres églises : ce qui ne fait rien contre nous. Je dis peut-être , parce qu'aprés tout il se pourroit faire que les enfans dont il parle, à qui selon lui on donne le corps Sacré, ne seroient pas des enfans nouvellement nés, mais des enfans un peu plus avancés en âge et qui commencoient à manger. À ceux-là il est véritable qu'on leur donnoit, comme nous verrons, le pain sacré; et cela suffit pour vérifier ce que Théodore dit en passant. Car il n'avoit pas besoin, comme Jobius qui explique de dessein l'ordre des mystères, d'entrer davantage dans le détail, et le corps lui étoit aussi bon que le sang pour ce quil vouloit. Mais au fond cela n'importe point du tout, et je donne le choix aux ministres des deux réponses que je leur propose.

Pour ce qui est du prétendu Denys Aréopagite allégué par M. de la. Roque *, le passage qu'il en rapporte, visiblement ne décide rien, puisqu'il nous dit seulement par une expression générale, qu'on admettoit les enfans aux sacrés symboles. Les symboles, les sacremens, les mystères sont, comme nous avons vu, des termes généraux qu'on mettoit indifféremment au pluriel ou au singulier. Pour savoir précisément ce qu'ils signifient, si c'est le corps seulement ou le sang seulement, ou tous les deux, c'est la suite du discours ou la coutume du temps et des lieux qui en décident. Jobius n'est pas éloigné du temps oü les écrits de saint Denys ont commencé à paroitre, et l'on sait qu'il en est parlé pour la première fois à l'occasion des sévériens, c'est-à-dire de ces hérétiques par lesquels nous avons fixé la date de Jobius. Ainsi les expressions générales de saint Denys peuvent étre déterminées par celles de Jobius, qui nous montre les enfans communiés avec le sang seul, sans que Photius, sévère censeur qui critique expressément cet endroit, l'en ait repris; de sorte qu'on peut conclure que la pratique en duroit encore du moins dans une partie de l'Eglise grecque, où en effet nous ne voyons pas qu'elle ait jamais été changée. i

1 La Roq., p. 118; Dion. Areop., de Eccl. Hier., cap. vu, S 41.

[n’en a pas été ainsi dans l'Eglise latine. Au huitième etau neuvième siècle on donnoit aux petits enfans, ou les deux espèces, ou quelquefois même le corps seul; ce qui n’est pas moins pour nous que si on leur eüt donné le sang sans le corps. Témoin le Zivre des divins Offices ( n'importe qu'il soit d'Aleuin ou d'un autre auteur du même âge), où l’on communie l'enfant avec cette formule : « Le:corps de Notre-Seigneur vous garde pour la vie éternelle *. » Nous avons vu la méme formule usitée envers les enfans qu'on baptisoit dans la maladie, à qui l'on disoit simplement: « Le corps de Notre-Seigneur vous garde.» Et on lit aussi dans l'Ordre romain, comme M. de la Roque et l'Anonyme le reconnoissent ?, « qu'on ne doit pas sans une extrême nécessité donner la mamelle aux enfans, avant qu'ils aient recu le corps du Seigneur. » M. de la Roque prétend ?, en vertu de la synecdoque, que par le corps on désigne ici. le sacrement entier. Mais il le dit sans raison. On ne voit point dans ces Rituels de ces choses sous-entendues : on y explique les choses nettement et tout du long, parce qu'on y veut instruire de tout l'ordre des cérémonies ceux qui avoient à les pratiquer; et toute cette diversité concourt à faire voir, ce que nous voulons, une parfaite indifférence dans toutes ces choses.

Que sert donc à l'Anonyme de nous alléguer Charlemagne, Théodulphe, Jessé d'Amiens et les autres du huitième et du neuvième siècle, avec les Sacramentaires de saint Grégoire, pour nous dire comment on en usoit en ce temps-là? Pour défendre notre croyance, je n'ai pas besoin de soutenir qu'on ait toujours communié les petits enfans sous la seule espéce du vin. J'ai méme montré qu'il n'étoit pas impossible de leur faire prendre du pain, si l'on eût voulu *. Si dans une chose indifférente l'Eglise a varié au huitième siècle, loin de vouloir détruire par là ce qu'on a trouvé établi dans les premiers siécles et dés le temps de saint Cyprien, au contraire on revient dans la suite à l'ancienne coutume. M. de la Roque assure que le pape Paschal Il permit de « communier les enfans aussi bien que les malades avec le vin

‘4 Ale., de div. Off., Bibl. PP., tom. X, p. 259, tit. de Sabb. Pas. Miss. Gal. jam. cit. — ? La Roq., Rép., p. 123; Anonyme, p. 159; Ord. Rom. tit. de Bapt., tom. X, Bibl. PP.— 3 La Roq., p. 123.— * Traité de la Comm., | part. n° 3, p. 261.

Page 1