‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 345 sur 403 · PARTIE I, CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE XXXIV

pape Gélase, convient manifestement à cette hérésie pleine. d'observances et d'abstinences superstitieuses ; et c'en étoit l'un des caracteres, que saint Augustin et les autres Péres ne cessent de leur reprocher. Les ariens, les pélagiens, les nestoriens et les autres hérésies de ce temps-là n'avoient point ce caractere. Si saint Gélase l'appelle je ne sais quelle superstition, ce n'est point par ignorance, comme nos ministres le veulent croire; c'est par mépris, ou parce qu'il n'étoit pas nécessaire de l'expliquer davanfage dans un court décret.

Personne ne doutera donc, comme je l'avois remarqué !, que ces superstitieux de Gélase n'aient été des restes cachés de ces maniehéens que saint Léon avoit découverts; et soit que son ordonnance qui ne tendoit, comme on a pu voir, qu'à faire que l'on prit garde aux manichéens, ne fût pas encore assez précise ; soit que durant trente à quarante ans qui s'écoulérent depuis son pontificat jusqu'à celui de Gélase, l'observance s'en fût relàchée, ou qu'on crüt avoir extirpé la maudite secte , il en fallut venir à un décret plus exprés et à un ordre plus particulier de refuser absolument ]a communion à ceux qui obstinément et par des raisons sacriléges en rejetolent une espèce. Alors on ne peut douter que, pour éviter tout soupçon, les fidèles n'aient recu les deux espèces; mais pour en faire une loi, il fallut et une ordonnance et un motif particulier ; et quelle que füt la secte qui donna lieu à cette ordonnance, soit celle des manichéens, soit celle des encratites ou abstinens, que l'Anonyme distingue en vain du manichéisme ?, puisqu'ils en étoient une branche, ou celle des aquariens, ou enfin des superstitieux , tels que voudront les ministres , qui fuyotent le vin comme une chose dangereuse ? : toujours demeurera-t-il pour indubitable, et que nous ne sommes pas de ces gens-là , et qu'en tout cas 1l falloit que la communion sous la seule espèce du pain fût permise méme dans les assemblées, puisque, pour l'en exclure tout à fait, on a eu besoin d'une occasion et d'une défense particulière.

Qu'il me soit ici permis de faire observer à nos Frères les artifices dont on s'est servi pour leur cacher une chose claire. D'abord

1 Traité de la Comm., 1 part. n. 5, p. 28T.— ? Anonyme, p. 231.— 8 P. 238.

leurs ministres triomphent de l'autorité de deux papes, qui pourtant sont contre eux. M. de la Roque, pour leur faire accroire que la chose est décidée contre nous, emploie comme un moyen péremptoire, la plus mince autorité qui fut jamais ; et c'est celle de Cassander. Ce Cassander, dans le fond et dans son dernier ouvrage, est contraire à ses prétentions. Pour faire valoir contre ' nous le passage de saint Gélase, M. du Bourdieu le tronque, et M. dela Roque excuse une fausseté si manifeste. Malgré tous leurs vains efforts, ces ministres ne peuvent trouver aucun cas où les paroles de ces deux grands papes cadrent à leurs hypothèses. Elles conviennent parfaitement avec la nôtre, et nousj une raison très-claire tant de la dissimulation que de la d des manichéens. On se jette aprés tout cela dans des inutiles, pour rechercher l'hérésie que saint Gélase et enfin, quelle qu'elle soit, notre cause demeure toujours ment bonne; et la communion sous une espèce paroît tellement permise en elle-méme , qu'on ne la blàme qu'en ceux qui s'y engageolent par des erreurs particulières que nous détestons. Voilà quelle est la doctrine dont on nous veut faire à présent le principal motif de séparation et le principal objet de toute la Réforme.

Que si pour achever de se convaincre, on veut voir dans d'autres exemples la liberté que nous soutenons de communier sous une ou sous deux espèces, méme dans les assemblées de l'église, en voici un du temps de saint Chrysostome, c'est-à-dire du quatrième siècle et prés de cent ans avant saint Léon. Il est célèbre, et le voici comme il est rapporté par Sozoméne : « Un homme de là secte des macédoniens ( c'est celle où l'on nioit la divinité du Saint-Esprit) avoit une femme de sa religion. Converti par les sermons de saint Chrysostome, il la menaca de se séparer d'avec elle, si elle ne communioit avec lui aux saints mystères. Elle le promit, et le temps des mystères étant arrivé (les fidéleseutendent ce que je veux dire), la femme retint ce qu'on lui avoit donné’ (c'étoit le pain consacré), et prit en cachette ce que sa servante lui avoit secrètement apport de la maison (e'étoit du pain commun qu'elle vouloit prendre à la place du sacré corps) ; mais

Page 1