‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 346 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXIV

elle n'y eut pas plutót enfoncé la dent, qu'il devint dur comme une pierre. La femme s'approche en tremblant du saint prélat : elle lui montre la pierre avec la marque de la morsure *. » L'artifice de cette femme pouvoit réussir à l'égard du pain sacré qu'on mettoit entre les mains des fidèles pour le prendre quand on vouloit; mais qu'eüt-elle fait pour se garantir du calice, que le diacre portoit lui-même dans leur bouche, si l'on suppose la nécessité de communier sous les deux espèces ?

Ces eas arrivés en différens temps et en lieux divers à ces trois grands hommes, saint Chrysostome, saint Léon, saint Gélase, nous font voir en Orient et en Occident, dès les premiers siècles, la liberté que nous soutenons, méme dans les assemblées des àles. Mais ce qui étoit libre pour les deux espèces se déterminoit espèce du pain dans les pays où il ne croît point de vin,

en Angleterre. La terre n’en produisoit pas, le commerce étoit languissant ; et comme on avoit à peine ce qu'il en falloit pour le sacrifice , la communion du peuple se faisoit avec le pain seul. De là vient ce que nous voyons dans l’histoire du Vénérable Béde ?, touchant les trois fils du roi Sabareth , prince chrétien, mais dont les enfans n'avoient pas suivi l'exemple : ils assistoient à la messe de saint Mellitus, archevéque de Cantorbéry ; et lui voyant distribuer l'Eucharistie au peuple, ils lui demandérent avec un orgueil et une ignorance brutale : « Pourquoi ne nous donnez-vous pas ce pain blanc et propre que vous donniez à notre pere, et que vous continuez de donner au peuple? Le saint homme leur répondit : Si vous voulez être purifiés de l’eau salutaire dont votre père a été lavé, vous pourrez participer comme lui au pain sacré; que si vous refusez ce sacré lavoir, vous ne pourrez pas recevoir ce pain de vie. A quoi ils lui repartirent : Nous ne voulons point entrer dans cette fontaine dont nous n’avons pas besoin : mais nous voulons être nourris de ce pain; mais l’évêque ne cessoit de les avertir que sans cette sacrée purification , ils ne pourroient avoir part à l'oblation sacrée. » Je ne sais si l'on peut voir le pain sacré, ou ce qui est la méme chose, l'oblation sacrée, continuellement inculquée et répétée à toutes les lignes sans au-

1 Hist. eccles., cap. v. — * Hist. lib. IT, cap. v.

cune mention du vin, et s'imaginer cependant qu'on distribuoit également l'un et l'autre. Au contraire on voit que ces barbares, comme les appelle Béde, sans songer à la syneedoque , parloient naturellement de ce qu'ils avoient vu donner et de ce qui avoit frappé leurs sens, qu'on leur répondit de méme, et ainsi qu'on supposoit avec eux que le pain seul étoit distribué dans les assemblées de l'église. Ce n'est pas qu'il füt impossible d'avoir du vin pour la communion, puisqu'il falloit bien en faire venir pour le sacrifice; mais c’est qu'on ne croyoit pas avoir besoin d'une impossibilité absolue pour se dispenser de prendre l'espéce du vin, et que la seule difficulté étoit jugée suffisante : d’où aussi il est arrivé que le cardinal Hosius, Polonois, homme docte ef de] bonne foi, dit qu'on n'a pas de mémoire qu'on ait communié dans son pays autrement que sous l’espèce du pain, depuis que le ist anisme y a été établi. 2 "s Une autre sorte de nécessité, qui n'étoit pas plus invincible que les précédentes, n'a pas lisse de faire établir la communion sous une espèce dans l’église et dans la province de Jérusalem ; tant il est vrai, encore un coup, que la chose étoit réputée libre. La preuve que nous avons d'un fait si illustre est tirée de la célèbre conférence tenue. à Constantinople entre les Latins et les Grecs, au commencement du onzième siècle, et à la naissance du schisme sous le pape saint Léon IX et le patriarche Michel Cérularius. Les tenans dans cette importante conférence étoient de notre c cardinal Humbert, évêque de la Forét-Blanche, légat d pour les Grecs Nicétas Pectoratus, député par le patrian l'empereur. On ne peut voir une action plus célèbre et où l'on connoisse mieux les rits et les sentimens des deux églises. On accourt à Jérusalem de tous les cótés du monde chrétien , pour y - honorer les mystères de Notre-Seigneur , et principalement celui de sa passion et de sa résurrection, dans des temples aussi augustes que magnifiques , qu'on avoit bâtis dans les propres lieux où ces ouvrages divins s'étoient accomplis. L'abord étoit si grand et le nombre des communians étoit par conséquent si peu réglé, qu'il n'étoit pas possible d'y proportionner la quantité des hosties qu'il falloit consacrer pour cette immense multitude qu'on y

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