‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 347 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXIV

communioit tous les jours : car la communion étoit le sceau d'un si saint pèlerinage. Cette dévotion, qu'on vit commencer aussitôt que les chrétiens affranchis de la tyrannie des persécuteurs, jouirent de la liberté de leur culte, loin de s'affoiblir avec le temps, s'augmentoit et s'échauffoit tous les jours. Les parcelles qui restoient de la communion étoient infinies : il ne fut plus question de les brüler, comme on faisoit autrefois lorsqu'il en restoit moins : en faire consumer par le clergé ou méme par les enfans , comme on le faisoit ailleurs, un si grand nombre, ce n'étoit pas une chose possible. On les réservoit done pour la communion du lendemain ; et sans méler les espéces, comme on avoit commencé de faire dans les autres églises d'Orient, on donnoitla communion sous la seule espèce du pain. C'est ce que le cardinal Humbert posoit en fait, comme la coutume ancienne et constante de l'église et de la province de Jérusalem : c'est ce que son adversaire ne lui nie pas: c'est ce qui par conséquent demeura pour avéré d'un commun accord ; et la eonjoncture fait voir combien cet aveu est décisif en cette cause. Le cardinal Humbert, aprés avoir essuyé les vains reproches des Grecs sur les azy mes, leur reproche de son côté leur mélange, leur Eucharistie broyée dans le calice, leur cuiller pour la distribuer au peuple : choses en effet trés-nouvelles, et que l'Eglise d'Occident ne connoissoit pas. Le cardinal appuyoit les coutumes des Latins par celle de l'Eglise et de la province de Jéalem. Ses paroles sont remarquables : « Dans ces églises, dit-il, les oblations saintes, saines et entières sur les saintes pa + on ne les perce pas avec une lance de fer comme font I S: ... on y élève la sainte oblation avec ia sainte patène :.

on ne se sert point de cuillers pour donner la communion , parce qu'on ne méle point l'oblation sainte; mais on y communie le peuple avee l'oblation seule. » Je ne pense pas qu'à cette fois il prenne envie de chicaner sur la signification du terme d'oblation sainte. La suite fait assez voir qu'il signifie le pain seul, comme nous l'avons démontré par tant d'autres exemples. C'étoit donc avec le pain seul que l'on communioit tout le peuple. Le cardinal met encore en fait que la coutume en étoit si ancienne dans ces églises, qu'on n'en voyoit pas le commencement ; de sorte que les

chrétiens de ce pays-là l'attribuoient aux saints apôtres. N'importe qu'à cet égard ils poussassent peut-être les choses trop avant; c’est assez qu’en cet exemple nous ayons pour nous une coutume immémoriale de l'église de Jérusalem , toute la chrétienté pour témoin, et les Grecs mêmes pour approbateurs, puisqu'ils ne blàment non plus la conduite d'une église si vénérable qu'ils contredisent le fait avancé par le cardinal.

Mes adversaires, qui ont vu cette preuve illustre très-amplement expliquée dans le Traité de la Communion ‘, n'y ont pas répondu un seul mot; de sorte que je pourrois en demeurer là et regarder le fait pour avoué, si la bonne foi ne m'obligeoit à proposer de moi-même ce qu'on y pourroit répondre. On pourroit donc dire que le cardinal, en disant que l'on communioit le peuple avec le pain seul, ou pour me servir de ses paroles, avec l'oblation seule , entendoit qu'on la donnoit sans la méler, comme font les Grecs, avec l'autre espéce, et non pas qu'on la donnoit toute seule, comme nous faisons à présent, sans donner le sang aprés. Mais si quelqu'un se servoit ou se contentoit de cette réponse, il feroit voir peu d'attention au fond de la chose. Car dans cette immense multitude, il eût été aussi peu possible de se mesurer pour le vin que pour le pain consacré; et s’il eût été absolument nécessaire que tout le monde prit également des deux espéces, comme on voit des restes du pain consacré, on en verroit aussi du sacré breuvage. Le cardinal auroit parlé de ceux-ci comme il a parlé des autres. D'ailleurs on verroit aussi clairement comment on donnoit le sang, que l'on voit comment on donnoit le corps. Car l'un et l'autre servoit également à l'intention du cardinal, qui étoit et de rejeter la coutume de l'Eglise grecque, et de confirmer la coutume de l'Eglise romaine, par la pratique de l'Eglise de Jérusalem. Quand donc le cardinal a dit que par l'ancienne coutume de l'Eglise et de la province de Jérusalem, on ne distribuoit au peuple que l'oblation seule, c'est-à-dire le seul pain consacré, ou comme nous appelons, la seule hostie, c'est pour dire qu'en effet on la donnoit seule, et sans donner le sang après.

Voilà donc l'Eglise de Jérusalem, et avec elle toute la chrétienté

1 Traité de la Commun., I1 part. n. 7, p. 330 et suiv.

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