‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 349 sur 403 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

De l'Office des Présanctifiés parmi les Grecs : définition de cet office par M. de la Roque, et ses deux différences d'avec le sacrifice parfait.

L'Office des Présanctifiés, célèbre durant le Caréme dans l'Eglise grecque, nous est ainsi représenté par M. de la Roque : « Les Grecs, dit-il, qui regardoient le Caréme comme un temps de tristesse et de mortification, et la célébration de l'Eucharistie comme un sujet de joie, ne célébroient et ne consacroient durant

tout le Caréme que deux jours. de la semaine, le samedi et le dimanche ; de sorte qu'on gardoit pour la communion des autres jours les dons qu'on avoit consacrés le dimanche, et qu’on appeloit à cause de cela la liturgie des Présanctifiés ! ; » c'est-à-dire , comme il paroit par le mot méme , sanctifiés et consacrés auparavant. Voilà comment M. dela Roque explique la liturgie des dons présanctifiés ; et il ajoute dans un autre endroit, « que les Grecs appeloient ainsi cette liturgie, à cause qu'on n’y faisoit pas de nouvelle consécration ? : » parole que le lecteur doit soigneusement observer. En effet elle fait trés-bien entendre ce que c'est que cet office, et pour en donner une pleine idée, il ne falloit qu'ajouter que c'étoit dans les jours de jeüne que l’on ne consacroit pas ; et que si durant le Carême l’on consacroit le samedi aussi bien que le dimanche, c'est à cause qu'en Orient ce n'étoit pas la coutume de jeüner en ces deux jours.

Il importe de remarquer en ce lieu, avec M. de la Roque, que ce n'étoit pas la communion, mais la consécration de l'Eucharistie que l'Eglise orientale trouvoit peu convenable à la mortification et à la tristesse du Caréme. On voit en effet que l'on communioit en ces jours destinés à la tristesse et au jeüne ; mais qu'on n'y consacroit pas, parce que c'étoit la consécration qui attiroit avec elle dans la parfaite célébration du sacrifice, la célébrité et la joie que l'on vouloit éviter durant ces jours. Le sacrifice de l'Eucharistie est un sacrifice d'action de graces, et le mot méme l'emporte , puisque c'est là ce que veut dire Eucharistie. L'Eglise done dans son Sacrifice offre à Dieu avec le corps et le sang de Jésus-Christ des actions de graces pour tous ses bienfaits; et ces actions de graces demandent une allégresse et des cantiques de joie que l'Eglise orientale jugeoit peu conformes avec les gémissemens de la pénitence et du jeüne. C'est done pour cette raison que l'on ne consacroit pas , c'est-à-dire que l'on n'offroit pas, et que l'on donnoit la communion avec les dons offerts et consacrés au samedi ou au dimanche.

Jene veux pas disputer encore avec M. de la Roque de l'antiquité de cette observance. Je me contente de mille ans que ce mi-

! La Roq., I! part. chap. vin, p. 217, 218. — 2 P. 61.

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