‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 350 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXV

nistre accorde aux Grecs !, et qu'aussi l'on ne peut pas leur disputer, puisqu'il est fait mention de l'office des Présanctifiés au concile tenu n Trullo?, en l'an 707, comme d'une chose déjà établie dans toute l'Eglise orientale (a). Sur ce fondement et sans attribuer quant à présent une plus grande antiquité à cet office, j'y remarquerai seulement deux choses considérables, qui en font la différence d'avec le sacrifice qu'on nomme parfait : l'une, que l'oblation ou la consécration y manque ; et l'autre, que l'on y communie sous une seule espèce.

Il n’y a personne qui ne voie d'abord combien ces deux choses sont favorables à notre doctrine , puisque la premiére fait voir l'action du sacrifice comme distinguée de celle de la communion ; et la seconde fait voir par tout l'Orient, il y a au moins mille ans, la communion sous une espèce, dans un office public et dans l'assemblée des fidèles cinq jours de la semaine durant tout le temps de Caréme. La liaison de ces deux choses paroitra claire dans la suite; mais il faut premièrement établir le fait par des preuves incontestables.

J'ai dit que la premiére chose qui manquoit à l'office des Présanctifiés étoit, comme l'a expliqué M. de la Roque’, la célébration et la consécration de l'Eucharistie. Encore un coup , je prie le lecteur de se bien mettre cela dans l'esprit, parce que la remarque en sera de conséquence dans la suite. « Les Grecs , dit ce ministre , ne célébroient et ne consacroient que deux jours de la semaine * ; » de sorte qu'aux cinq autres jours de la semaine il n'y avoit ni célébration ni consécration. C'est ce que lesanciens avoient appelé, et ce que nous appelons après eux, l'Oblation et le Sacrifice. Mais comme M. de la Roque n'a pas voulu se servir de ces mots, et qu'il est d'une extrême conséquence pour toute cette matière qu'ils soient bien entendus, nous trouverons un autre

V MER p. 218. — ? Can. 52; Labb., tom. VI, p. 1165. — 3 La Roq., p. 61. — ^ P. 218. ;

(a) Le Père Pagi, qui discute les différentes opinions sur l'année de la tenue de ce concile, regarde comme une chose certaine, d’après les preuves qu'il apporte, que ce concile a été commencé l'an 691. Bossuet qui le place ici en 707, le met plus bas, pag. 620, en 682. Mais Pagi nous paroit bien prouver que l'un et l'autre sentiment sont aussi mal fondés. Voyez Critiq. in Annal. Baron., tom. III, p. 129 et seq. (Edit. de Déforis.)

ministre qui nous le dira. Ce sera M. le Sueur dans son Histoire ecclésiastique, où nous avons une explication de la célébration de l'Eucharistie dont on verra résulter de grandes choses, et en général pour toute notre croyance, et en particulier pour la question dont il s'agit.

Voici donc par où commence ce ministre : « C'étoit, dit-il, la coutume ancienne des fidèles d'apporter sur la table eucharistique, du pain et du vin et d'autres choses, pour prendre une partie de ce pain et de ce vin qui avoient été offerts, afin d'en faire le sacrement de Eucharistie. Ges choses présentées et offertes par le peuple, étoient nommées Oblations, Offrandes, Sacrifices, et quelquefois Holocaustes* ; » mais de peur qu'on ne croie que le sacrifice del'Eucharistie neconsistát dans ces offrandes du peuple, ce ministre ne tarde pas d'ajouter ces mots : « Après cette première oblation que nous avons représentée (qui étoit celle du peuple lorsqu'il apportoit sur l'autel du pain et du vin), on faisoit une seconde oblation en les présentant et coNsACRANT.A Drev ? » par la prière qu'on lui adressoit, afin qu'il lui plüt de répandre sa vertu dessus, pour les rendre salutaires, comme on peut le voir au huitiéme livre des Constitutions apostoliques , chapitre xr. La troisième oblation se faisoit, quand aprés la consécration des symboles on les présentoit à Dieu, comme on le peut voir partoutes les anciennes liturgies, et «particulièrement par celles de l'Eglise romaine. » Il citeiciles paroles de notre canon ; et sans disputer avec lui, puisque ce n'est pas de quoi il s'agit, si ce qu'on présentoit à Dieu étoit le vrai corps et le vrai sang , je me contente quant à présent de ce qu'il avoue «que le pain et le vin consacrés sont le sujet et la matière de cette oblation et de ce sacrifice qu'on présentoit à Dieu ?*.» Enfin il est donc constant qu'on présentoit à Dieu le pain et le vin pour les consacrer, et qu'aprés qu'on les avoit consacrés, on les lui présentoit encore comme nous faisons ; de sorte qu'on ne peut rien disputer pour l'aetion que nous appelons l'Oblation et le Sacrifice.

Mais on và voir ici les artifices des ministres, lorsqu'ils paroissent agir avec le plus de sincérité. M. le Sueur, qui semble en effet

1 La Roq., tom. IV, p. 156. — ? P. 170. — 8 P. 171.

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