‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 351 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXV

nous aecorder de si bonne foi tout ce que nous pouvons souhaiter sur le sacrifice, dissimule ce qu'il y a de plus fort. Car en marquant les paroles du livre des Constitutions apostoliques , il dit seulement qu'on y présentoit et qu'on y consacroit à Dieu le pain et le vin, «afin qu'il répandit sa vertu dessus pour les rendre salutaires à son peuple.» Mais voici ce qu'il falloit dire, et ce que nous lisons tout du long à l'endroit que ce ministre a coté. « Nous vous offrons , à Seigneur, ce pain et ce calice, en vous rendant graces de ce que vous nous avez faits dignes d'assister en votre présence, pour exercer cette sacrificature ; et nous vous prions, Ô Dieu, qui n'avez besoin de rien, que vous regardiez favorablement ces dons qui sont mis devant vous, et que vous y preniez votre plaisir à l'honneur de votre Christ, et que vous envoyiez sur ce sacrifice votre Saint-Esprit témoin de la passion du Seigneur Jésus, pour faire ce pain le corps de votre Christ, et ce calice son sang , afin que ceux qui y participent soient confirmés dans la piété et obtiennent la rémission de leurs péchés !. » De peur qu'on ne me chicane sur la version, j'avertis que je transcris celle de M. de la Roque. En bonne foi M. le Sueur qui vouloit décrire le sacrifice: de l'Eucharistie , comme il étoit Offert par les anciens, et qui citoit pour cela les Constitutions apostoliques?, devoit-il en omettre les principales paroles? Et puisque pour confirmer ce qu'il disoit du sacrifice, il alléguoit comme un monument digne de croyance, les anciennes liturgies, eten particulier celles de l'Eglise romaine, falloit-il taire qu'on trouve partout dans ces liturgies, comme dans les Constitutions apostoliques, cette prière de faire le pain et le vin le corps et le sang de Jésus-Christ, ou comme porte une de ces anciennes liturgies, « d'en faire le propre corps et le propre sang de Jésus- Christ , » et encore : « En les changeant par le Saint-Esprit ?, » c’est-à-dire par une efficace et une opération également sainte et toute- puissante ? Si ce ministre avoit rapporté toutes ces choses, ‘peut-être n’auroit-il pas dit avec autant d'assurance qu'il a fait, que les paroles de la liturgie ne se peuvent dire du propre corps

1 Const. Apost., lib. VIII, cap. xit. — ? Hist. Eccles., 1 part., chap. VIT, p. 75. — ? Liturg. Basil., Oper., tom. IIl, append., p. 679.

de Jésus-Christ. Mais enfin demeurons-en à ce qu'il nous donne , et reconnoissons la consécration ou oblation de lEucharistie comme une action distinguée de la communion.

Et de peur qu'on ne veuille croire que ce qu'avoue M. le Esiour du quatrième et du cinquième siècle, ne se trouve pas dans les siècles précédens, un autre docteur protestant va nous aider à le faire remonter plus haut. C'est l'Anonyme lui-méme qui, dans l'espérance de s'appuyer de l'autorité: de saint Cyprien, a traduit toute la lettre de ce grand martyr à Cécile ‘. Le sujet en est important. Ce saint homme entreprend ceux qui au lieu d'offrir du pain et du vin dans le Sacrifice, pour en faire le corps et le sang de Notre-Seigneur, y offroient du pain et de l'eau, et il les confond par ces paroles : « Qui est celui qui mérite mieux d’être appelé le souverain Sacrificatetr de Dieu que Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui offrant un sacrifice à son Père, a offert la méme chose que Melchisédech, à savoir du pain et du vin, c’est-à-dire son corps et son sang ?? » Encore une fois, Messieurs , ce n'est pas de la réalité que nous disputons ; et s'il en falloit disputer, nous vous ferions voir que Jésus-Christ lui-méme, qui venoit étre notre victime, n'a pu offrir à son Père seulement du pain et du vin: d'où il s'ensuit qu'il ne lui a offert le pain et le vin, qu'en tant qu'il les a changés en son corps et en son sang pour les lui offrir. C'est ce qui paroit clairement dans les paroles de saint Cyprien, que le ministre a un peu déguisées, mais que nous allons traduire de mot à mot : « Car si Jésus-Christ Notre-Seigneur et notre Dieu est lui-même le souverain Pontife de Dieu le Père; si Jesus Christus Dominus noster ipse est summus Sacerdos Dei Patris ; et S'il s'est offert lui-même le premier en sacrifice à son Père, et s'il à commandé de faire la méme chose en sa mémoire; ef sacrificium Patri seipsum primus obtulit, et hoc fieri iin sui commemoralionem praecepit: certainement le vrai sacrificateur qui fera lafonction de Jésus-Christ, sera celui qui imitera ce qu'il a fait; utique ille sacerdos vice Christi veré fungitur, qui id quod Christus fecit imitatur :. et alors il offre dans l'Eglise à Dieu le Père un vrai et plein sacrifice, s'il offre selon qu'il voit que Jésus-Christ a

1 Anonyme, If part., p. 211. — ? Cypr., ep. Lxir, ad Cecil.

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