PARTIE II, CHAPITRE XXXV
offert; et sacrificium verum et plenum tunc offert in Ecclesiá Deo Patri, si sic incipiat offerre secundüm quód. ipsum Christum videat obtulisse. » Saint Cyprien pose done pour fondement, que pour offrir. comme il faut à Dieu le Pére le sacrifice de l'Eucharistie, il faut y offrir ce que Jésus-Christ y a offert et ce qu'il nous a commandé d'y offrir à son exemple. Or ce qu'il y a offert selon saint Cyprien, « c'est lui-même, sacrificium Patri seipsum obtulit; et c'est aussi ce qu'il nous a commandé d'offrir, et hoc fieri in sui commemorationem præcepit. » Il paroît donc, comme nous venons de le dire, qu'il n’a offert à son Père du pain et du vin, que parce qu'en les changeant en son corps et en son sang, en les offrant à son Père, il s'y est aussi offert lui-même. Voilà qui est convaincant sans doute: mais en attendant que nos adversaires -reconnoissent cette vérité, du moins seront-ils forcés d'avouer que dés lé temps de saint Cyprien on croyoit que le Fils de Dieu, en instituant l'Eucharistie, n'avoit pas seulement présenté un don céleste à ses diseiples, mais encore qu'il avoit offert un sacrifice à son Père; et qu'ensuite , lorsqu'on célébroit l'Eucharistie dans l'Eglise, il falloit observer, comme deux actions distinguées, le sacrifice offert à Dieu et la communion donnée au peuple.
Or c'étoit cette oblation en laquelle, comme on a vu, consistoit la consécration, qu'on omettoit dans l'office des Présanctifiés; et c’est en quoi on le distinguoit du sacrifice parfait, où l'on faisoit la consécration et l'oblation avec la communion de l'Eucharistie. Car, comme nous venons de le voir, dans le sacrifice parfait, lorsqu'on apportoit d'abord les dons à l'autel, ils n'étoient pas encore consacrés, et on les y consacroit. Mais dans le service des Présanctifiés, le mystère étoit déjà consommé et parfait, c'est-à-dire qu'on apportoit le pain déjà consacré; et c'est pourquoi on lui rendoit une adoration parfaite, comme l'explique Cabasilas ‘, célèbre interprète de la liturgie parmi les Grecs. Telle étoit donc la première différence de l'office des Présanctifiés d'avec le sacrifice qu'on nommoit entier ou parfait.
De cette première différence il en naissoit une seconde , qui fait davantage à notre sujet: c'est que dans l'office des Présanctifiés
1 Nic. Cabas., Exp. Lit., cap. xxiv, tom. II Bibl. PP. Gr., et Lat.
et cinq jours de la semaine durant tout le Caréme, on. communioit dans l'église même et à l'assemblée des fidèles, sous la seule espèce du pain. J'ai dit que cette seconde différence venoit de la premiére, et la raison en est assez aisée à entendre. Car selon toute la tradition, le sacrifice de l'Eucharistie dépend tellement de la consécration des deux espéces, qu'on ne lit jamais aucun exemple où l'on n'y en voie qu'une seule. Si donc l'office des Présanctifiés eût été un sacrifice parfait, il eût fallu nécessairement qu'on y vit paroitre les deux espèces, puisqu'on les y auroit nécessairement consacrées. Mais parce qu'on n'y consacroit pas, et qu'à vrai dire on n'y offroit pas le sacrifice, on n'y étoit pas astreint aux deux espéces; de sorte qu'on y communioit comme dans la communion domestique , comme dans celle des malades, en un mot comme dans les.communions qui se faisoient ordinairement par la réserve avec la seule espéce du pain. De là vient, comme il a été remarqué dans le Traité de la Communion !*, et comme on le peut voir dans l'Eucologe des Grecs ?, que la premiére chose qu'on voit dans l'office des Présanctifiés, est la manière dont les pains qu'on y employoit doivent avoir été consacrés dans un sacrifice précédent. On voit donc qu'on ne conserve et qu'on ne réserve que le pain: on apporte ce qui s'appelle Aozégegu», c'est le vaisseau où l'on réserve le pain sacré, et on y met ces pains consacrés, qui doivent servir dans les jours suivans. Quand on commence l'office des Présanctifiés, il.est dit qu'on apporte «le pain consacré sur la patène sacrée avec grande vénération ? : » on l'encense : on le couvre selon la coutume : on l'éléve sans le découvrir: le prêtre en « approche sa main avec grande révérence, et prend le pain sacré avec beaucoup de vénération et de crainte *. » Et aprés: « Mettant la main sur les dons divins qui sont couverts, il touche le pain vivifiant avec grande révérence et tremblement, et ensuite le découvrant il achéve la communion des dons divins. »
Il est vrai qu'on voit aujourd'hui dans la rubrique de l'office des Présanctifiés, qu'en consacrant les pains qu'on doit réserver,
1 Traité de la Comm., 1 part. n. 6, p. 291.— ? Euchol. Græc., Goar., Bibl. PP. Gr., et Lat..tom. II, p. 190. — ? [bid., p. 191. — * Ibid., p. 192.