PARTIE II, CHAPITRE XXXVIIT
tième et neuvième siècle. « Le jour du Vendredi saint, dit-il, on ne consacre pas le corps du Seigneur; et si l'on veut communier, il faut avoir du sacrifice du jour précédent, ce que les Romains ne font pas !. » Amalarius, dans le méme siècle, n'est pas moins
clair. Il assure qu'à Rome, le Vendredi saint, « dans la station où le Pape saluoit la croix, personne ne communioit. » Ce que cet auteur dit avoir appris de l'archidiacre de Rome; et il ajoute « que selon cet ordre, aprés avoir salué la croix, chacun devoit retourner dans sa maison, » par conséquent sans communier, puisque la communion ne se faisoit qu'aprés la salutation ou l'adoration de la croix. On voit méme, par la dispute du cardinal Humbert contre Nicétas, dans l’onzième siècle, que l'Office des Présanctifiés n'étoit pas encore en usage à Rome, puisque s'il eût été en usage, ce cardinal ne l'auroit pas ignoré, et n'auroit pas repris si sévérement dans les Grecs, comme contraire à toute raison, cet Office des Présanctifiés, ou comme il parle, la messe imparfaite, ou la messe sans consécration ?, dont il auroit vu à Rome méme un exemple si solennel le Vendredi saint.
C'est donc ici de ces choses oü les églises varient, puisque méme l'Eglise romaine ne les a faites que tard. Et il ne faut pas objecter que cette coutume de communier le Vendredi saint avec le pain consacré la veille, se trouve dans l'Ordre romain et méme dans le Sacramentaire de saint Grégoire; d’où il semble qu'on doive conclure qu'elle étoit dans l'Eglise romaine avant le temps que nous disons. Car il faut avouer de bonne foi que ce que l'on appelle l'Ordre romain, ne dit pas toujours ce qui se pratiquoit à Rome. Depuis que selon la liberté qui est donnée aux églises de varier dans les choses indifférentes, la France eüt quitté son ancien usage pour prendre celui de Rome, ce qui fut fait, comme on sait, sous Charlemagne, les églises transcrivirent l'Ordre romain pour leur usage; et comme elles retenoient beaucoup de leurs anciennes cérémonies, elles les inséroient dans ce livre. De là vient que ces anciens interprètes de l'Ordre romain, comme Alcuin et Amalarius, y remarquent beaucoup de choses, et entre autres la Messe
1 Tom. X, Bibl. PP., cap. de Cœnd, col. 249. — ? Humb., Repreh. Nic., apud Baron., App., tom. XI, p. 771, 7172.
des Présanctifiés qu'on ne faisoit pas à Rome‘. D'oü il est aussi arrivé que l'on trouve l'Ordre romain en tant de manières. Nous en avons en effet divers exemplaires dans la Bibliothèque des Pères, tous sous le titre de l'Ordre romain, dans l'un desquels nous trouvons : « Aprés les bénédictions pontificales, comme on a coutume de les donner en ce pays-ci, »;en distinction de celles qu'on donnoit à Rome; en un autre endroit : « Que nous ne faisons pàs; » et dans un autre exemplaire: « On ne bénit pas ainsi à Rome ?; » et un peu aprés, dans l'office du Samedi saint * : « Ici, le diacre dit, Ite, missa est, selon l'Ordre romain ; mais l'usage de l'Eglise ne le permet pas à cause des vépres. En cette nuit on ne parle point chez les Romains de l'office des vépres, ni devant ni aprés la messe ; mais parmi nous un de l'école, » c'est-à-dire un des chantres, « commence Alleluia, pour vépres, » et le reste comme on le fait encore parmi nous. On trouve encore ce titre dans ce même livre, au commencement de l'office de Pâques : Encore selon les Romains *. En un autre endroit : « On allume sept lampes, » ou comme un autre Ordre veut, « deux cierges 9. » Tout est plein de choses semblables, qui montrent combien on diversifioit l'Ordre romain; et qu'enfin ce livre de l'Ordre romain n'est pas toujours l'ordre romain selon qu'il se pratiquoit à Rome, mais que c'est souvent l'ordre romain selon que les églises l'approprioient à leurs usages en conservant le nom d'Ordre romain, parce que l'Ordre romain en étoit le fond, et qu'on en gardoit ordinairement les principales observances.
Selon cette notion de l'Ordre romain , il ne faut pas croire que tout ce qui en porte le titre soit toujours d'une même antiquité. Ce n'est pas que ce livre ne soit trés-ancien considéré en lui-méme, puisque des auteurs du huitième ou du neuvième siècle l'ont rapporté. Mais comme de temps en temps les églises l'accommodoient à leur usage , et qu'on y faisoit des gloses, la règle la plus assurée pour fixer l'antiquité des usages que nous voyons, c'est d'en établir la date par celle des volumes où on les trouve, ou des au- .
1 Alc., de Div. Offic., cap. de Cen. Dom.; Amalar., lib. 1, cap. xit, tom. X Bibl. Patrum, col. 249. — ? Ibid., col. 5. — 3 Ibid., col. 79. — * Ibid., col. 84. — 5 Jbid., col. 86. — 9 Ibid., col. ilc