‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 363 sur 403 · PARTIE IT, CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

PARTIE IT, CHAPITRE XXXVII

teurs qui les rapportent, ou en tout cas par le rapport de ce qu'on y trouve avec des Actes d'une antiquité certaine. C'est aussi selon cette règle que je n'ai donné à l'Ordre romain dans l'office du Vendredi saint, que l'antiquité d’Alcuin et d'Amalarius , qui sont les premiers auteurs oü il soit produit.

Il faut dire la même chose du Sacramentaire de saint Gélase ou de saint Grégoire, lequel Sacramentaire étoit l'Ordre romain, suivant que ces grands papes l'avoient rédigé. Le Sacramentaire de saint Grégoire , que le docte Ménard nous a donné et qu'on appelle la Messe de saint Eloi, est le plus ancien que nous ayons ; et selon les savantes remarques de cet auteur‘, il paroit accommodé aux usages de l'Eglise de Noyon aux environs du huitième siecle.

Voici donc ce que nouslisons dans ce livre pour l'office du Jeudi saint: « Cela fait, aprés avoir lavé les mains, le pontife va devant l'autel, et tout le peuple communie en son rang , et on garde de ce même sacrifice pour le lendemain, afin qu'on en communie?. » Et pour montrer qu'on ne gardoit que le corps , on voit dans l'office du Vendredi saint : « Les deux premiers prêtres , après avoir salué la croix , s’en vont incontinent dans la sacristie , ou à l'endroit où l'on aura posé le corps du Seigneur, qui a été réservé de la veille, le mettant sur la patène : un sous-diacre tient devant eux le calice avec du vin non consacré, et un autre porte la patène avec le corps du Seigneur ; l'un des prêtres prend de leurs mains la patène et l'autre le calice, et les portent sur l'autel nu ?, » c’est-à-dire sans aucun parement ; car on les ôtoit à ce jour comme on fait encore : « Le pontife cependant se tient assis jusqu'à ce que le peuple ait achevé de saluer la croix, et pendant que le pontife ou le peuple salue la croix, on répète toujours l'antienne : VOILA LE BOIS DE LA CROIX, » qui est celle que nous chantons encore aujourd’hui, à la fin de laquelle il y a ces mots: Venez, et adorons-le. Aussi ce qu'on appelle en ce passage salutation de la croix , s'appelle adoration en d'autres endroits , du temps méme d'Aleuin. Cet auteur, en interprétant dans l'Ordre romain la salutation de la croix, dit : « Quand nous adorons la croix, il faut

1 Prof. Men. — ? Lit. Sac. Men., p. 69.

que tout notre corps s'attache à la terre, et que nous ayons dans l'esprit celui que nous y adorons comme y étant attaché ; et nous adorons la vertu qu'elle a reçue du Fils de Dieu. Ainsi, poursuitil, selon le corps nous sommes prosternés devant la croix , mais selon l'esprit devant le Seigneur *. » Revenons au Sacramentaire : « Après avoir salué la croix et l'avoir remise à sa place, le pontife descend à l'autel, et dit: Oremus: Preceptis salutaribus; jusqu'à ces mots, ef ab omni perturbatione securi: » qui sont les mêmes prières dont nous accompagnons encore aujourd'hui l'Oraison dominicale au Vendredi saint .comme aux autres jours. «Après qu'on a dit: Amen, le pontife prend de la sainte hostie et la met dans le calice sans dire mot, et tout le monde.communie en silence ; et ainsi tout l'office est accompli: et expleta sunt universa : les autels demeurent nus depuis le soir du Jeudi saint, jusqu'au matin du Samedi. »

Les catholiques liront ici avec une singulière consolation l'antiquité de leur office; et je crois que les gens de bien souhaiteroient seulement que tout le peuple communiát comme autrefois à ce saint jour. Si l'on en avoit la dévotion, il ne tiendroit pas à l'Eglise qu'on ne le fit. Mais sans entrer dans cette matière, contentons-nous de demander à nos réformés s'ils veulent condamner depuis neuf cents ans nos pères, qui après avoir adoré la croix, communioieut avec le corps seul réservé du jour précédent.

Le Sacramentaire de saint Grégoire, tiré du Vatican, dit de mot à mot la méme chose?. L'Ordre romain y est conforme, et nous y lisons ces mots le Jeudi saint : « Le pontife venant à l'au- tel, divise les oblations afin qu'on les rompe ; et tout le peuple communie en son rang ; et il prend des oblations entières parmi les autres , pour les garder jusqu'au matin du Vendredi saint, afin qu'on communie sans le sang de Notre-Seigneur, et le sang se consume entièrement à ce jour-là?. » Aprés quoi le Vendredi saint, comme dans le Sacramentaire de saint Grégoire, on va querir dans la sacristie «le corps de Notre-Seigneur, on l'apporte

1 De Div. Offic., cap. de Offic. Parasc., col. 252. — ? Greg., tom. III, p. 69. — 3 Tom. X, Bibl. Patr., col. 61.

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