PARTIE II, CHAPITRE XXXVIII
sur la patène : on dit l’'Oraison dominicale. Le prêtre prend de la sainte hostie et en met dans le calice sans dire mot, si ce n'est qu’il veuille dire quelque chose secrètement *. » La méme chose se irouve dans Alcuin, et dans tous ces deux endroits on lit ces mots : «Or le vinjnon consacré est sanctifié, et tout le monde communie en silence, et ainsi s'achéve tout l'office?. »
Pour peu qu'on eüt de bonne foi, le sens de ces paroles seroit aisé à entendre, et on demeureroit d'accord que le mot de sanctifier se peut prendre en plusieurs manières. Il se prend en premier lieu pour tout ce qui est dédié aux saints usages. Ainsi «le pain: qu'on donnoit aux catéchumènes, » selon saint Augustin ?, « devenoit saint, encore qu'il ne füt pas le corps de Notre-Seigneur ; » ainsi les linges qui servent à l'Eucharistie, le corporal où l'on pose le corps de Notre-Seigneur et qui est le sacré symbole du linceul où Jésus-Christ fut enseveli, le calice et les autres vaisseaux sacrés sont sanctifiés par l'attouchement du corps de Notre- Seigneur, ou parce qu'ils sont employés à son ministère ; et sans sortir du pain de l'Eucharistie, dés qu'on l'offre à Dieu pour le sacrifice, qu'il est posé sur l'autel, qu'on l'a béni, il cesse d’être regardé comme profane, encore qu'il n'ait pas été encore consacré: pour étre le corps de Notre-Seigneur. Mais outre cette sanctification plus générale, où les choses de profanes deviennent saintes et sacrées, il y a une autre sanctification du pain et du vin , lorsqu'ils sont consacrés et sanctifiés pour étre le corps et le sang de Notre-Seigneur. n
Il est done aisé de comprendre qu'ici le vin est sanctifié de la première manière, dans la signification la plus étendue du terme de sanctifier; et qu'encore qu'on se serve du méme terme pour le pain sanctifié le jour précédent, c'est-à-dire véritablement consaeré, que pour le vin qui est sanctifié par l'attouchement de ce pain sacré, on peut aisément connoitre qu'il y a une sainteté d'un autre ordre dans le pain qui communique la sainteté que dans le vin qui la recoit. Voilà une explication simple et naturelle, qui parmi des gens de bonne foi, devroit faire cesser d'abord toute la
1 Tom. X Bibl. Patr., col. 15. — ? Ibid., col. 16 et 253. — ? Lib. II, de Peccat. mer. et remiss., cap. XXVI, n. 42.
difficulté : mais comme nous avons affaire à des esprits contentieux , il ne faut pas espérer qu'ils se rendent si facilement, et nous allons écouter leurs raisons.