CHAPITRE XLI
Suite des Réponses aux preuves des ministres : premier concile d'Orange.
Il est vrai qu'il a d'abord ébloui le monde par le nom du premier concile d'Orange tenu en 441, sous le pontificat de saint Léon *. Comme durant neuf cents ans il n'a que ce témoignage, il tâche de le faire valoir de toute sa force, et le fait passer par trois fois devant nos yeux *; comme ces rusés capitaines, qui pour effrayer l'ennemi par l'idée d'une nombreuse armée, font faire de grands mouvemens au peu de troupes qu'ils ont, et les montrent coup sur coup en plusieurs endroits. Mais par malheur, de son aveu propre, ce canon qu'il a tant vanté ne fait rien à la question. Le voici commele traduit M. de la Roque, peu exactement comme on verra : « Qu'on doit offrir le calice, afin qu'il soit consacré par le mélange de l'Eucharistie. » Cette version peut donner l'idée qu'il n'est point parlé dans ce canon de l'oblation du pain sacré, mais de la seule oblation du calice; et encore la version fait-elle paroitre que le calice n'est offert que pour étre consacré par le mélange. Mais sans m'arréter à toutes ces petites finesses que ce ministre peut avoir entendues dans sa version imparfaite,
1 La Roq., Hist. de lEuchar., | part., chap. vir. — ? Le Sueur, tom. IV, p. 170; tom. VI, p. 119, 449, 604. — 3 Conc. Araus. 1, can. 17; Conc. Gall., tom. I; Labb., tom. HI, col. 1450. — * P. 108, 185, 214.
voici comment il faut traduire de mot à mot : « Avec le vase, » ou la boite, ou enfin le réceptacle tel qu'il soit, cum capsa, «il faut aussi offrir le calice, et il le faut consacrer par le mélange de lEucharistie : » Cuw CAPSA ET CALIX OFFERENDUS EST, ET ADMIX- TIONE EUCHARISTIÆ CONSECRANDUS. Le mot capsa vient de contenir et de recevoir, à capiendo : et c’est dans Odilon, abbé de Clugny *, et dans un trés-ancien exemplaire de l'Ordre romain, le vaisseau ou le réceptacle tel qu'il soit, où l'on mettoit l'Eucharistie. On peut bien s'étre servi d'un vaisseau semblable pour présenter au pontife l'hostie qu'il devoit consacrer. Voilà donc la capse bien entendue pour ce qui contient le pain qu'on devoit offrir : et le dessein du canon d'Orange est très-clair en ce qu'il ordonne qu'on offre d'abord le pain et le vin ensemble , chacun dans son vaisseau propre, comme on fait encore aujourd'hui ; et qu'ensuite on les méle ensemble , comme on a fait de tout temps dans la liturgie latine, un peu devant la communion en disant ces mots : « Ce mélange et cette consécration du corps et du sang de Notre- Seigneur nous donne en le prenant la vie éternelle : » où il est clair que le mot de consécration ne signifie pas la consécration à faire, puisqu'on la suppose déjà faite, et le corps déjà corps comme le sang déjà sang, ainsi que les paroles le démontrent. Il n'est donc pas ici parlé de la consécration proprement dite, où le pain est changé au corps et le vin au sang ; mais de la consécration dans une signification plus étendue, qui comprend avec le canon toutes les prières mystiques.
La chose est trop assurée pour pouvoir étre révoquée en doute par d'habiles gens. Mais M. de la Roque a bien vu qu'il avoit affaire à des lecteurs peu versés pour la plupart en ces matières, et qu'il pouvoit leur.dire tout ce qu'il voudroit. Dans le désir qui me presse de leur rendre la vérité aisée à connoitre, et tout ensemble de leur faire sentir les artifices dont on se sert pour les amuser, je n'ai qu'à leur produire l'Histoire de l’Eucharistie de ce méme M. de la Roque, qui les a voulu tromper dans sa Réponse.
Done dans l'Histoire de l'Eucharistie, à l'endroit où il est traité de la consécration et de l'oblation , ce ministre fait deux choses,
1 Bibl, PP., tom. X, col. 13.