‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 376 sur 403 · PARTIE IT, CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

PARTIE IT, CHAPITRE XLII

la Roque, lorsqu'il prétend ici nous réduire au fait: « Il ne s'agit pas ici, dit-il, du droit, mais du fait; il ne s'agit pas ici de la consécration en elle-même , il s'agit de la croyance et de la pratique des anciens ‘. » Je l'entends : il ne veut pas garantir cette croyance et cette pratique, qu'il attribue aux anciens, puisqu'en effet il n'en peut trouver aucun fondement dans l'Ecriture. Suivons-le dans son raisonnement. C'est un fait, dites-vous, que « les anciens ont cru que cette consécration sans parole et par le mélange, a la méme vertu que celle qui se faisoit avec toutes les cérémonies accoutumées. » Nommez- nous donc ces anciens. L'Ordre romain au neuvième siècle, est-ce là tout ce qu'on appelle les anciens? Mais c'est de cet Ordre romain que nous disputons; et c'est de cet Ordre romain dont il faut déterminer le sens ambigu par la tradition constante. Car enfin, quel que soit celui qui a composé l'Ordre romain, il n'a pas prétendu être novateur : ce n'est pas le dessein de ceux qui travaillent à de tels ouvrages. Et puisqu'on nous parle ici du fait, c'en est un qu'on ne peut nier, que le mot de sanctifier et celui de consacrer, se peuvent prendre en divers sens. Nous venons de voir un de ces sens dans le concile d'Orange, qui n'est pas celui dont nous parlons ici. Sans sortir de la matière de l'Eucharistie, nous trouverons le terme de sanctifier cent fois employé pour les linges, pour les vaisseaux et pour tous les autres ministères, sans que par là on veuille dire faire un sacrement. Ce fait est indubitable. Que la sanctification, qui fait du pain et du vin le corps et le sang de Notre - Seigneur, se fasse par la parole et par la pàrole seule, c'est un autre fait si constant, que neuf cents ans durant on n'apporte pas seulement une conjecture pour prouver le contraire. Que maintenant au neuvième siècle on s'avise tout d'un coup de croire autrement, il n'y ani vérité ni vraisemblance ; d'autant plus que dans ce temps méme et dans tous les âges suivans, on convient qu'on trouve toujours la même doctrine de la consécration par la parole. Il n’y a done rien de plus raisonnable que d'interpréter avec nous cet endroit douteux du neuvième siècle, d'une manière conforme à la doctrine de tous les temps et de tous les âges. 1 La Roq., p. 215.

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