‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 384 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XLV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XLV

lice de la main de l’archidiacre pour confirmer, » c’est-à-dire pour communier avec le sang, « les ordres suivans jusqu’au primicier. Ensuite l’archidiacre prend le calice de la main de cet évêque, et en verse dans la coupe dont nous venons de parler, qui est celle que l'acolyte tenoit ; et il rend le calice au sous-diacre , qui lui donne un petit vaisseau avec lequel il confirme le peuple ; » c'est-à-dire, qu'il lui donne le sang précieux. On ne voit dans ces paroles de l'Ordre romain qu'une division et subdivision du sang contenu dans le calice, dans de plus petits vaisseaux, pour en faire la distribution au peuple. Or l'Ordre qu'on nous objecte ne fait que répéter la méme chose, si ce n'est que sans rapporter aucun nouveau fait et sans dire qu'on prenne du vin non consacré, mais aprés avoir seulement récité que «l'archidiaere verse un peu de sang dans le grand calice, ou coupe que tient l'acolyte , afin qu'on en communie le peuple, » il ajoute cette raison : « Parce que le vin non consacré est sanctifié en toutes manières quand il est mêlé au sang : » ce qui est manifestement, non un fait du cérémonial, mais une réflexion du copiste, qui a eru qu'il y avoit déjà du vin dans le calice oü l'on versoit du sang. Mais on ne voit ni ce fait ni cette réflexion dans les autres Ordres, ni dans les Sacramentaires de saint Grégoire; c'est-à-dire ni dans celui du Père Ménard, ni dans celui du Vatican, ni dans aucun autre ; et enfin le premier auteur certain où je trouve cette coutume de mêler le sang du Sauveur avec le vin (a), est Durand, évêque de Mende, auteur du quatorzième siècle, qui encore l'a remarquée comme étant, non de l'Eglise universelle, mais seulement de quelques lieux :, sans dire quels sont ces lieux , ni si cette coutume est autorisée. Mais clairement il rejette dans le méme endroit l'opinion de ceux « qui croient que le vin est changé au sang du Sauveur par ce mélange?; » ce qu'il montre entièrement impossible en d'autres endroits par des raisons manifestes?. Et certainement,

1 Dur., Mim., lib. IV, cap. xri, n. 4. — ? Jbid., n. 8. — ? Lib. VI, cap. LXXVI, n. 41,12.

(a) ll est fait mention de cet usage dans les deux premiers des Ordres romains, comme dom Mabillon le montre dans son Commentaire, où il rapporte des extraits de plusieurs Sacramentaires beaucoup plus anciens que Durand, qui attestent cette pratique. Voyez D. Mabill., Comment. in Ord. rom., p. &1, 48, 93 et seq. (Edit. de Déforis.)

sans aller plus loin , si l’on eût cru que le vin eût pu être changé au sang par le contact, c'eüt été la dernière des absurdités, comme le remarque le méme auteur, d'en prendre par ablution , comme on le fait par toute l'Eglise, puisque ce vin de l'ablution , loin d'emporter, comme on en a le dessein, ce qui auroit pu rester du sacrement dans le calice ou dans la bouche, n'eüt fait que le consacrer de nouveau jusqu'à l'infini. Mais je n'ai pas besoin de rapporter toutes les raisons de Durand, après qu'on a vu si clairement que jamais la tradition de l'Eglise n'a connu de consécration que par les paroles sacramentales.

Il résulte de ces raisons qu'il n'y a aucune coutume approuvée de donner le sang de Notre-Seigneur, par le moyen de ce mélange avec de simple vin, et qu'au contraire la coutume étoit de distribuer seulement pour communion le vin qui étoit dans le calice au temps de la consécration. Car il paroit qu'on avoit soin, autant qu'on pouvoit, d'en mettre, comme des hosties, une quantité suffisante; et on ne lit pas que jamais il en restât, comme on le lit si souvent du pain consacré. Que s'il manquoit quelquefois, il n'y a nulle difficulté que ceux pour qui il n'en restoit plus, ne se dussent contenter du corps, de la suffisance duquel il y avoit, comme on a vu, tant d'exemples et publies et p THE également connus dans toute l'Eglise.

[] ne reste plus qu'une objection de M. de la Rógidi mais elle ne nous fera pas beaucoup de peine. C'est qu'il montre qu'en quelques endroits, méme en France et selon quelques Sacramentaires, on communioit sous les deux espèces le Vendredi saint. C'est ce que je n'ai pas nié. Afin que la communion paroisse libre sous une espèce, qui est tout ce que je prétends, il suffit que je la trouve bien autorisée à la vue de tout l'univers dans la plus grande partie de l'Eglise gallicane; et que cette coutume l'ayant emporté dans tout l'Occident, elle soit venue jusqu'à nous sans être blàmée ni suspecte : personne ne pouvant croire qu'on ait choisi le Vendredi saint et le jour dela Passion de Notre-Seigneur, pour en profaner le mémorial sacré , ni qu'on se soit préparé à la communion pascale par un sacrilége.

Et je me trouve si peu incommodé de quelques exemples qu'on

Page 1