CHAPITRE XLVI
Absurdités et excès de l'Anomyme pour trouver la consécration du vin dans l'office du Vendredi saint.
Ne nous lassons pas de déméler les chicanes de nos adversaires, quelque ennuyeux que soit ce travail. [ls nous donneront occasion d'expliquer nos saints mystères, et d'en inspirer le respect à ceux à qui Dieu ouvrira le eceur pour les entendre. Outre les objections qui sont communes à l'Anonyme avec M. de la Roque, il en a de particulières. Nous avons vu qu'il a prétendu que les Grecs réservoient autrefois les deux espèces pour l'office des Pré-
- sanctifiés, et il a été convaincu du contraire par les mêmes au-
1 Cod. S. R. E. Thomas, lib. 1, cap. xLr, p. 16.
teurs qu'il a produits. Comme il a eu peu de confiance en cette preuve , et qu'il n'y avoit aucune apparence à dire qu'on eût jamais réservé le vin, il a vu qu'il en falloit venir à dire qu'on le consacroit sans parole, et que la conséeration n'en demandoit pas; ou bien qu'on le consacroit par le mélange, en vertu de la parole prononcée dans les jours précédens; ou bien que le jour méme, on le consacroit par les prières qu'on disoit dans cet office, et que pour consacrer l'Eucharistie, toute prière indéfiniment, et mémel'Oraison Dominicule étoit suffisante. Enfin il a osé avancer tant de choses en cette matiére, qu'il peut servir d'exemple aux protestans de ce que leurs écrivains sont capables d'entreprendre pour les éblouir ou pour les lasser. En effet si fatigués par tant de questions qu'on remue pour leur embrouiller les matières, ils aiment mieux abandonner tout et demeurer comme ils sont que de chercher davantage, leur salut est désespéré : mais si au contraire ils veulent entendre la vérité, et que pendant que nous tàchons de leur en faciliter la recherche, ils ne se lassent point de nous suivre, la lumière leur paroitra bientôt. C'est ce qu'on va voir, en examinant chacune des propositions de cet auteur. Commencons par la plus hardie : la voici : « À n’examiner que l'Ecriture, je dis hardiment qu'il ne faut point de paroles pour faire un sacrement, c'est-à-dire qu'il n'y a aucune nécessité de prononcer tels et tels formulaires de prières ou de discours en faisant un sacrement !. »
Que veut-il dire? Quoi? que tous les chrétiens ont tort d'attacher la sainteté du baptéme à une formule fixe; ou peut-être qu'ils ont raison , mais que cette raison n'est pas fondée sur l'autorité del'Ecriture? Car c'est ce qu'il insinue dans ces mots par où il commence : A n’examiner que l'Ecriture. Il seroit bon que ces gens hardis dissent franchement leurs pensées, et que nous vissions une bonne fois qu'à m'examiner que l’Ecriture, ils ne savent comment établir une chose aussi nécessaire à la religion que là forme du baptéme. Mais peut-étre qu'il se veut restreindre àlEucharistie, et qu'il prétend que c'est à ce sacrement que la parole n'est pas nécessaire. Il ne falloit donc pas être si hardi, ni
4 Anonyme, p. 255.